mardi 2 août 2011

Les deux défauts (121 épisode)

Les Etats-Unis ont conjuré l’effondrement artificiel du plafond de leur dette et un chaos aux proportions lehmanesques pour le pays et le reste du monde. Si on a évité un défaut, l’humeur n’était pas à la liesse, sauf pour quelques minutes quand la députée de l’Arizona, Gabrielle Gifford, miraculée d’une tentative d’assassinat par un extrémiste, en janvier dernier, est entrée dans l’hémicycle pour participer au vote. Quant au reste, sous l’influence d’un groupe d’une quarantaine de parlementaires du Tea Party, le curseur a résolument glissé dans la coulisse du rhéostat vers la fonte de la dépense publique. Les Etats-Unis ne sont pas la Grèce, et nous ne parlons que de 2,1 trillions d’économies budgétaires sur dix ans, mais la victoire du Tea Party se mesure, à l’aune de l’absence totale d’augmentation d’impôts pour assainir les finances publiques ; les ménages millionnaires et milliardaires l’ont échappé belle.

Si Obama a gagné le droit de ne pas à avoir à quémander les moyens pour son administration de fonctionner alors qu’elle est engagée dans deux ou trois guerres et que l’échéance présidentielle arrive dans 15 mois, l’ampleur de victoire idéologique du Tea Party se mesure aussi par la création d’une commission mixte paritaire chargée de couper 1,5 trillions dans la bête étatique. Si celle-ci venait à ne pas tomber d’accord, s’imposeraient automatiquement des coupes sombres dans des programmes sociaux chers aux Démocrates. Tout dépendra donc si dans ce panel sont nommés des modérés ou des maximalistes.

Pendant que le petit jeu politicien se déroulait à Washington, la bourse de New York a baissé huit séances consécutives, une passe digne d’octobre 2008. On s’attendait à ce qu’elle remonte après la nouvelle du vote du Congrès, mais aujourd’hui, elle clôture en recul de 2,19%. Ce n’est pas le défaut de création d’emplois qui est sanctionné. 14 millions de chômeurs sont moins désespérants que 14 trillions de dette publique, quand on n’est pas touché dans la chute. Non, maintenant que le plancher d’acajou ne se liquéfiera plus pour des raisons politiques, les spéculateurs, ah pardon, les hedge funds managers et les flash traders sont retournés à leurs campagnes d’Espagne et d’Italie.

mardi 26 juillet 2011

Le jugement de Salomon (120ème épisode)


26 juillet 2011

La perfusion européenne ne résout rien et coûtera cher mais au moins le malade est toujours malade, il n’est pas mort. De ce côté-ci de l’Atlantique, les jours s’étirent pour essayer de durer le plus possible jusqu'au 2 aout 2011, le jour où si tout se passe mal, les Etats-Unis entreront en cessation de paiement. Une minorité du Tea Party a confisqué la raison officielle du Parti Républicain et refuse mordicus la moindre augmentation d’impôt. Par ses temps si difficiles, il ne faudrait pas léser les plus riches.

Les « überrich » comme on les appelle parfois aux Etats-Unis sont une race de sous-contribuables, qui s’estime surtaxée : du temps de la réélection de Bush face à Kerry, quand je travaillais à la galerie, un célèbre –mais sans visage- artiste de voix « off » se plaignait, en essayant de nous convaincre de livrer ses estampes dans un autre état[i] : « je paye déjà autant d’impôts que 10.000 personnes ». Un article paru dans le San Francisco Chronicle le 20 juillet 2011 résume bien la situation absurde et extrême dans laquelle est jetée le pays : il suffirait de changer deux virgules dans le Code fédéral des Impôts pour faire entrer des milliards $ de recettes supplémentaires, versées par 25 contribuables qui ont gagné 22 milliards de $ en 2010 et qui bénéficient d’un abattement fiscal.

Il est facile d’opposer la richesse d’un inventeur génial comme Steve Jobs ou Serguei Brin à l’obscénité des gains sans utilité sociale de 25 gérants de fonds speculatifs (hedge fund managers), car si l’argent est fongible, toutes les fortunes ne sont pas créés égales. Nous supposons que les Etats-Unis perdent subitement leurs cinquante premiers chefs d’entreprise, leurs cinquante premiers chercheurs, leurs cinquante premiers industriels. Comme ces hommes et ces femmes sont les Américains, souvent d’origine immigrée, les plus essentiellement producteurs, ceux qui donnent les produits les plus importants, ceux qui dirigent les travaux les plus utiles à la nation, il faudrait aux Etats-Unis au moins une demi-génération, compte-tenu de l’immigration, pour réparer ce malheur. Mais si on taxait 25 hedge fund managers, il n’y aurait pas mort d’homme.

Coupons, coupons gaiement dans les programmes sociaux et affamons la bête immonde étatique. Les Républicains attendent que les Démocrates décident de leur céder le pays pour ne pas le voir tomber en lambeaux. Les marchés se pincent. Ce serait un comble que la fête qui était si jolie soit ruinée à cause d’un conventicule qui n’a pas plus de génie qu’une mouche. On dit officieusement que la vraie date où le plafond s’effondrera, s’il n’est pas colmaté, est le 10 aout. Ce serait antipatriotique de faire des opérations baissières contre le Trésor de son propre pays. Le Wall Street Journal pourrait publier votre photo en plein page.

Gabrielle Durana

All rights reserved.



[i] Pour échapper à la sales tax californienne (8,75%), il suffit de ne pas habiter dans l’état, ou d’avoir une résidence secondaire dans un autre état et de feindre que c’est votre résidence principale.

Le jugement de Salomon (120ème épisode)


26 juillet 2011

La perfusion européenne ne résout rien et coûtera cher mais au moins le malade est toujours malade, il n’est pas mort. De ce côté-ci de l’Atlantique, les jours s’étirent pour essayer de durer le plus possible jusqu'au 2 aout 2011, le jour où si tout se passe mal, les Etats-Unis entreront en cessation de paiement. Une minorité du Tea Party a confisqué la raison officielle du Parti Républicain et refuse mordicus la moindre augmentation d’impôt. Par ses temps si difficiles, il ne faudrait pas léser les plus riches.

Les « überrich » comme on les appelle parfois aux Etats-Unis sont une race de sous-contribuables, qui s’estime surtaxée : du temps de la réélection de Bush face à Kerry, quand je travaillais à la galerie, un célèbre –mais sans visage- artiste de voix « off » se plaignait, en essayant de nous convaincre de livrer ses estampes dans un autre état[i] : « je paye déjà autant d’impôts que 10.000 personnes ». Un article paru dans le San Francisco Chronicle le 20 juillet 2011 résume bien la situation absurde et extrême dans laquelle est jetée le pays : il suffirait de changer deux virgules dans le Code fédéral des Impôts pour faire entrer des milliards $ de recettes supplémentaires, versées par 25 contribuables qui ont gagné 22 milliards de $ en 2010 et qui bénéficient d’un abattement fiscal.

Il est facile d’opposer la richesse d’un inventeur génial comme Steve Jobs ou Serguei Brin à l’obscénité des gains sans utilité sociale de 25 gérants de fonds spéculatifs (hedge fund managers), car si l’argent est fongible, toutes les fortunes ne sont pas créés égales. Nous supposons que les Etats-Unis perdent subitement leurs cinquante premiers chefs d’entreprise, leurs cinquante premiers chercheurs, leurs cinquante premiers industriels. Comme ces hommes et ces femmes sont les Américains, souvent d’origine immigrée, les plus essentiellement producteurs, ceux qui donnent les produits les plus importants, ceux qui dirigent les travaux les plus utiles à la nation, il faudrait aux Etats-Unis au moins une demi-génération, compte-tenu de l’immigration, pour réparer ce malheur. Mais si on taxait 25 hedge fund managers, il n’y aurait pas mort d’homme.

Coupons, coupons gaiement dans les programmes sociaux et affamons la bête immonde étatique. Les Républicains attendent que les Démocrates décident de leur céder le pays pour ne pas le voir tomber en lambeaux. Les marchés se pincent. Ce serait un comble que la fête qui était si jolie soit ruinée à cause d’un conventicule qui n’a pas plus de génie qu’une mouche. On dit officieusement que la vraie date où le plafond s’effondrera, s’il n’est pas colmaté, est le 10 aout. Ce serait antipatriotique de faire des opérations baissières contre le Trésor de son propre pays. Le Wall Street Journal pourrait publier votre photo en plein page.

Gabrielle Durana

All rights reserved.



[i] Pour échapper à la sales tax californienne (8,75%), il suffit de ne pas habiter dans l’état, ou d’avoir une résidence secondaire dans un autre état et de feindre que c’est votre résidence principale.