dimanche 19 juin 2011

115ème épisode : le deuxième naufrage de la Grèce



19 juin 2011

Après sept semaines de surenchères et de chute des marchés, les ministres des finances de l’UE ont pilé. Au carrefour de la négociation, à Luxembourg, la panique porte conseil. La tranche de 8,7 milliards € qui devait être versée à la Grèce début juillet, au titre du plan de sauvetage de 110 milliards € (1/3 payé par le FMI et 2/3 par l’UE) le sera. La crise de liquidité, quand l’actif disponible est insuffisant pour faire face au passif exigible est donc écartée. En revanche, la question d’un deuxième plan de sauvetage de la Grèce pour éviter une crise de solvabilité, quand le total de l’actif ne peut pas couvrir le passif, elle, fait toujours l’objet d’un désaccord.

Angela Merkel exige que les créanciers assument une partie des pertes (haircut). Nicolas Sarkozy appelle à la solidarité publique européenne et refuse la réduction du montant nominal de la dette parce que ses propres banques seraient les premières lésées. Un coup d’œil aux tableaux d'exposition au risque illustre que dans la crise actuelle, ni l’Allemagne, ni la France, malgré les discours de façade ne sont solidaires. En réalité chacun défend ses intérêts nationaux.

Les trois principales banques françaises (BNP, Société Générale et Crédit Agricole) de leur côté affichent des investissements respectifs dans la dette grecque de 5 milliards €, 21,7 milliards € et 5,9 milliards €.

Si une réduction du montant nominal de la dette publique grecque avait lieu, elle serait assimilée à un défaut de paiement. Partiel, ou total, pour les Credit Default Swaps[i], le degré ne change pas la nature. Le paiement de tous les CDS qui couvraient le risque de « faillite » de la Grèce deviendrait exigible. Or qui détient ces CDS ? Surtout des banques internationales.

D’autre part, la Banque Centrale Européenne a déjà déclaré qu’elle cesserait d’accepter les titres du Trésor grec comme garantie des prêts. En clair, le système bancaire grec ne pourrait plus se refinancer. Et le virus du défaut pourrait se répandre dans la zone euro comme la bactérie e-coli.

L’Europe de Maastricht s’était construite avec l’approbation timorée des peuples. Mais après, elle s’est embourbée dans un processus d’union sans cesse plus sclérosé, dont le rejet de la Constitution Européenne a marqué l’impasse. Aujourd’hui, les « événements de Grèce » avec leurs images d’une guerre sociale qui ne dit pas son nom ne racontent pas l’histoire du sauvetage de la Grèce mais celui des banques européennes, nonobstant les stress tests mirifiques sur le corps mort des Grecs.

Lady Gaga devrait aller donner un concert sur la place Syntagma et chanter : « Don’t cry for me Argentina. »

Gabrielle Durana

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[i] Relire la chronique numéro 30

mercredi 15 juin 2011

la Grèce a notre monnaie et c’est notre problème (114ème épisode)



Athènes aujourd’hui.

mercredi 15 juin 2011

Le système financier mondial est de nouveau en péril. Aux Etats-Unis, les Républicains majoritaires au Congrès menacent de ne pas voter avant le 2 aout le relèvement du plafond de la dette publique. Ils veulent empêcher les Démocrates de combler le déficit en accentuant la pression fiscale sur les riches ; pourtant au plus bas depuis 60 ans[1]. A la place, ils proposent de démanteler Medicare, le coûteux système de sécurité sociale « à la française », réservé aux plus de 65 ans et de le remplacer par des ‘vouchers’, des sortes de bons d’achats que les retraités utiliseraient pour obtenir un couverture auprès d’assureurs privés. En Europe, le bras de fer est engagé entre la Banque Centrale Européenne et les gouvernements. La pomme de discorde est en argent : la Grèce subit une crise de liquidité alimentée par les spéculateurs, qui va absorber les pertes ? La négociation se déroule sur fond de mouvement social, des « Indignés » de la Puerta del Sol au courroux grec, et de vacance provisoire au Fonds Monétaire International, depuis que son ancien Directeur général a été arrêté le 14 mai pour agression sexuelle. Le banquier central européen estime que la douleur doit être partagée entre les créanciers et le Peuple-Contribuable. Les gouvernements, certains contributeurs nets au Fonds européen de stabilité financière (EFSF), d’autres gardiens des intérêts de leurs banques nationales créancières veulent bien, à condition qu’on distingue le peuple (grec), les contribuables (les Autres) et les banques (à soi).

Au jeu de la poule mouillée ('game of chicken’), chaque joueur se dispute un avantage et menace l’autre pour essayer de remporter la mise. Le premier qui cède, le plus couard (‘chicken’), a perdu. Le pire advient si aucun des deux ne cède.

Sur la place, le peuple grec refuse de s’immoler pour sauver l’euro et à l’angle du carrefour, les bookmakers prennent les paris sur qui appuyera le premier le pied sur le frein. Cette crise ne veut pas mourir.

Gabrielle Durana

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[1]Taxes (As A Percentage Of Economy) Drop To Lowest Level In 60 Years, STEPHEN OHLEMACHER, the Huffington Post, 2 février 2011.

mercredi 4 mai 2011

2eme épisode fantôme :

Malgré le manque de temps, je n’ai pas renoncé à écrire cette page importante sur le chavirement du Portugal, forcé d’aller quémander une aide européenne pour calmer les attaques spéculatives sur sa dette souveraine.