dimanche 24 mars 2013

L’argent des autres, incidemment des Chypriotes –2eme partie- (150ème épisode)


24 mars 2013
                                                                                                           
Les banques de Chypre n’ont pas rouvert depuis le 16 mars. Sous les charbons ardents des protestations populaires, le Parlement chypriote a refusé de voter le plan de sauvetage proposé par la Troïka ; qui en échange d’une aide 10 milliards €, soumettait les déposants de l’île à des pertes de 9,9% sur les dépôts de plus 100.000 € et à une ponction de 6,75% pour les soldes inférieurs à 100.000 €.

Ce « plan de sauvetage » avait ulcéré les épargnants, petits et grands. « Cela commence par nous et cela finira par vous », scandaient les manifestants à Nicosie. Malgré toutes les tentatives de communication corrective (« c’est un impôt de solidarité sur le capital »), le procédé de saisie des dépôts bancaires, était apparu comme la cassure du verrou de la confiance : les dépôts étaient garantis, les saisir, c’est du vol. En effet, normalement dans une restructuration des dettes bancaires, les premiers touchés sont les actionnaires, puis les créanciers obligataires, les déposants étant protégés et bons derniers sur la liste des encours à risque.

Les banques demeureront fermées jusqu’au 26 mars. Les distributeurs sont néanmoins réapprovisionnés mais les déposants des banques en cessation de paiement autorisés à ne retirer que 100 euros par jour ; les gens font donc la queue pendant des heures. Les responsables politiques chypriotes doivent trouver une solution alternative, si ils ne veulent pas que la Banque Centrale Européenne leur coupe le robinet de la liquidité le 25 mars ; ce qui causerait la première faillite d’un pays de la zone euro.

Le 25 mars, c’est déjà aujourd’hui, à Berlin et Bruxelles. Comme dans un épisode de « Homeland » - de la 1ere saison-, un nouvel accord entre le gouvernement et la Troïka a été trouvé in extremis. Cette fois-ci, la rançon sera payée grâce à un prélèvement de 20% sur les comptes dont le solde est supérieur à 100.000 €  de la principale banque en faillite – la Banque de Chypre ; leurs actionnaires et créanciers obligataires de 1er rang étant aussi mis à l’amende. En clair, la banque sera recapitalisée grâce au gel des  dépôts non assurés. Voilà qui semble plus en accordance avec les règles habituelles des défauts bancaires.

D’après le ministre allemand des finances, ce texte n'aurait pas besoin d'être soumis au Parlement local car ces mesures seraient compatibles avec les lois en vigueur et les mesures déjà adoptées vendredi dernier par le parlement chypriote.

Si la cessation de paiement est évitée encore une fois, commence le long hiver de la politique d’ajustement structurel, où les petits épargnants seront les moins épargnés et les grands spéculateurs essuieront des pertes et iront stocker leur rente sous des palmiers plus auspicieux – à cause des Américains, la Suisse n’est plus ce qu’elle était.

Reste le sort de la 2eme banque nationale, très mal en point. Chypre sera sauvé, la Troïka ne va pas se laisser emporter par une poussière de pays (0,5% du PIB de l’UE).

Après trois ans et cinq sauvetages – Irlande, Espagne (merci les bulles immobilières), Portugal et Italie (pas de quoi, les déficits publics !), maintenant Chypre (comme l’Islande, l’étreinte de l’euro en plus)-, l’architecture de la maison Europe est totalement fissurée mais on colmatera autant que nécessaire, foi de charpentier. Etrange, ses habitants respirent et meurent du lupus.

Gabrielle Durana
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