mercredi 25 février 2009

Chronique # 70: la preuve par K.

4517 Marigny Street, Robert Polidori
25 février 2009

Les quatre pouvoirs s’étaient réunis hier soir pour écouter le premier discours de Barack Obama sur l’état de l’Union. Derrière le vice-président, Joe Biden et la présidente de la Chambre des Représentants, la Speaker Nancy Pelosi, devant les parlementaires, en présence de Timothy Geithner, d’Hillary Clinton, du reste de son gouvernement (the cabinet), de la Cour Suprême au grand complet, y compris Ruth Bader Ginsburg, 75 ans, opérée il y a 21 jours d’un cancer du pancréas, devant les caméras de télévision, le nouveau président a raconté à l’Amérique comment elle allait.

« Nous allons reconstruire et nous nous en sortirons »[i] a dit l’homme au sourire tranquille. Parmi les invités dans la galerie supérieure, Sully Sullenberger, le commandant de bord qui le 15 janvier a sauvé 155 passagers, en faisant amerrir son avion, en double panne de moteurs, sur le fleuve Hudson. Un jeune homme en uniforme militaire, au visage défiguré et une adolescente noire entouraient Michelle Obama. La lycéenne de Caroline du Sud avait interpelé chacun des membres du Congrès au moment du vote du plan de relance en leur demandant de ne pas oublier l’éducation. Dans sa lettre, elle décrivait ses conditions d’étude, les toits qui pleuvent, les trains qui font trembler les murs dont la peinture s’effrite. « Nous sommes des élèves qui essayons de devenir des avocats, des maîtres, des hommes politiques, des Présidents de la République. Nous ne sommes pas des lâcheurs. » cite le Président. La gueule cassée se tient debout. Michelle Obama serre la jeune fille stoïque. La mère essuie des larmes. Barack Obama donne l’exemple de la ville de Greensburg, la caméra se braque sur le maire, quasiment effacée de la carte par une tornade et que les habitants ont décidé de reconstruire tous ensemble. Les grandes catastrophes permettent aux gens de démontrer le meilleur d’eux-mêmes, nous dit l’homme à son pupitre. Moi, qui vis en zone sismique, j’ai entendu parler de la solidarité dont font preuve des inconnus lors d’événements tragiques.

Barack Obama est un rhéteur nourri à la messe du dimanche. Au concours d’éloquence, il est pédagogue et savant sans être pédant. Il touche votre cœur et votre cortex. En l’écoutant me revient en mémoire ce spectacle à la Cartoucherie de Vincennes où Jean-Louis Benoit avait mis bout à bout les sept premières années des vœux de Mitterrand. Ce n’était plus des mots, c’était de la musique. La rhétorique, disait Hobbes est l’art de savoir parler au plus grand nombre.

« Il ne s’agit pas d’aider les banques, mais d’aider les gens ».[ii] Barack Obama réexplique pourquoi sans système financier, les projets des gens ne peuvent pas se concrétiser. Mais il avertit que la fête aux frais du contribuable est terminée. A ceux qui disent que le plan de relance entraînera une énorme gabegie, il répond qu’en ramenant les troupes, il éliminera les milliards dilapidés en Irak[iii], qu’une évaluation du plan de relance comme des services votés est prévue, sous la férule de Joe Biden. Il en appelle à l’éthique de la responsabilité.

Il aborde la réforme du système de santé qu’il veut lancer dès 2009. Il la financera en revenant sur le bouclier fiscal octroyé aux plus riches par Bush fils. Il dénonce un système éducatif qui laisse trop de jeunes sur le bord du chemin. Il parle indépendance énergétique. Les élections de mi—mandat arriveront bien assez tôt.
« On ne torture pas aux Etats-Unis » tonne le président. La salle applaudit à tout rompre. Il répète qu’il fermera Guantanamo et les prisons secrètes de la CIA à l’étranger. « Vivre en accord avec nos principes ne nous affaiblit pas, cela nous donne plus de sécurité, cela nous rend plus forts. » Pour la première fois depuis leur déclenchement, il fera figurer le coût de la guerre en Irak et en Afghanistan au budget de l’Etat. « Nous ne cacherons plus le prix de la guerre »[iv].

Il scande : « Nous ne sommes pas une nation de lâcheurs[v] », j’entends Martin Luther King « We shall overcome »[vi].

Bobby Jindal, gouverneur de la Louisiane et fils d’immigrés indiens était chargé de répondre au discours d’Obama, au nom des droits de la minorité. Avec Sarah Palin, l’ex-colistière de John McCain et Mike Steele, le tout nouveau président noir du parti républicain, ils incarnent le visage relifté de la Réaction. Contre le divorce, contre la contraception, contre l’avortement, pour la peine de mort, pour les baisses d’impôts, pour la vente d’armes, pour le laissez-faire, contre le plan de relance, contre l’assurance santé universelle, pour la privatisation du système de retraites (social security). Le voilà qui apparaît depuis sa résidence de Bâton Rouge. Avec la voix de 30 millions d’amis, il nous raconte que son père a payé à crédit l’obstétricien qui l’a mis au monde mais qu’heureusement, il n’a jamais manqué une mensualité. Son père qui avait vu tant de pauvreté en Inde lui a dit devant les rayonnages d’un supermarché : « Tout est possible en Amérique ». Les Républicains ont perdu la confiance des gens en s’éloignant de leurs principes. Pour sortir de la crise, il faut redonner le pouvoir aux Américains, aussi a-t-il décidé de ne pas accepter l’argent du plan de relance destiné à allonger la période d’indemnisation du chômage. La Louisiane perd 430 emplois chaque jour mais l’ouragan Katrina qui a frappé la Nouvelle Orléans en 2005 l’a convaincu que le gouvernement ne comprend rien à rien. Alors que la ville était sous l’eau, des centaines de bénévoles se sont proposés pour aider avec leur bateau pneumatique. Arrivent des fonctionnaires bornés, pléonasme, qui leur demandent s’ils ont leur permis mer et les papiers de l’assurance. Le gouvernement n’est pas la solution, le gouvernement, comme disait papi Reagan, est la source du problème. Quelqu’un peut-il envoyer à Bobby Djindal le DVD du documentaire de Spike Lee « Quand les digues ont cédé » ?

We shall overcome.

Gabrielle Durana
Chroniques du tsunami financier, all rights reserved.
[i]We will rebuild, we will recover”.
[ii] “It’s not about helping banks, it’s about helping people”.
[iii] “We will eliminate billions of $ that we wasted in Iraq.”
[iv] No longer will we hide the price of war
[v] « We are not a nation of quitters »
[vi]Nous saurons prévaloir”, 10 décembre 1964, Oslo, discours d’acceptation du Prix Nobel de la Paix. Ce slogan a été repris après les événements du 11 septembre 2001.

2 commentaires:

roger a dit…

Bonjour et merci pour ces superbes chroniques trés vivantes et trés humaines.
roger fournier

Gabrielle Durana a dit…

Tout le plaisir est pour moi de les ecrire et d'echanger avec les lecteurs.

Amicalement,

Gabrielle