lundi 30 novembre 2009

Je suis Dubaï (88ème épisode)

Maquette de Dubailand

Lundi 30 novembre 2009

Un sujet de conversation courait mercredi sur toutes les lèvres des oies qui attendaient leur tour pour servir leur pays en mourant pour Thanksgiving : Dubaï serait-il le nouveau Lehman Brothers, la suivante bulle immobilière à percer, la future Argentine sur laquelle il faudrait pleurer ? Vendredi, en pleine fête de l’Eid, à travers le Tupperware de leur sépulture frigorifiée, un autre sujet faisait commotion : pourquoi Tiger Woods était-il rentré dans sa voiture puis dans un arbre en sortant de chez lui à deux heures du matin ? Il se trouve que j’ai moins de culture people que les oies et que je sais qui est Tiger Woods uniquement grâce au fait que dans ma vie d’avant, j’ai vendu des sérigraphies de Leroy Neiman à des banquiers[i] qui jouaient au golf[ii]. Pléonasme.

En annonçant la semaine dernière que Dubaï World repoussait de six mois l’exécution de ses obligations financières, le conglomérat public a semé une petite panique, la pire depuis le 11 avril sur les places boursières d’Asie, d’Europe et des Etats-Unis. Dubaï World, l’établissement public d’aménagement de Dubaï a un passif officiellement évalué à 59 milliards $ (officieusement à 80 ou 120 milliards). Dubai World n’est pas le gouvernement, le trésor public, mais devinez qui est son actionnaire unique ? Le terme employé n’était ni ‘forebearance’ (=délai de grâce) ni ‘moratorium’ (=moratoire), mais ‘standstill’(=halte), que tout le monde a traduit en euphémisme de cessation de paiement.

Lundi, les bourses mondiales étaient reparties à la hausse, forte en Asie, moderato cantabile en Europe et tremolo aux Etats-Unis ; sauf celles d’Abu Dhabi et de Dubaï qui perdaient 8,3% et 7,3%.

Moins que les 10% escomptés claironnaient les optimistes, sans doute fortement investis. Mais l’alerte avait tout de même résulté dans la destruction de 9 milliards $ de capitalisation boursière en un seul jour aux Emirats Arabes Unis.
Avant l’ouverture des marchés ce matin, la filiale immobilière de Dubai World, appelée Nakheel (littéralement, les palmiers) avait demandé au Nasdaq de Dubai de suspendre la cotation de trois de ses sukuk. Les sukuk sont aux obligations (bonds) ce qu’Henry VIII est à l’annulation : un arrangement pour faire ce qu’on a vraiment envie de faire sans admettre la contradiction.

Puis dans la matinée, dans un communiqué de presse de cinq paragraphes, Dubai World mettait au point que ce n’était pas la totalité de son bilan qui posait problème : « la valeur totale de la dette des entreprises sujettes à la restructuration financière s’élève à 26 milliards $, dont 6 milliards de sukuk chez Nakheel ».

Une de ces obligations très islamiques d’un montant de 3,6 milliards $ arrivait à maturité le 14 décembre. Il était donc temps de dire « pouce ! »
J’ai longuement développé mon analyse sur Dubai en décembre dernier dans une chronique intitulée « Mon utopie ne connait pas les tsunamis »[iii].
Si Dubaï faisait faillite, il n’entrainerait pas dans sa chute le système financier mondial, ce que les économistes appellent « causer un risque systémique ». 60, 80 ou 120 milliards c’est beaucoup d’argent pour une entreprise - demandez à AIG et au contribuable américain qui en est déjà à 160 milliards $. Mais Abu Dhabi détient 400 milliards $ en fonds souverains des EAU ; et le baril de brent cotait cet après-midi à New York 78,47$.
Nous sommes donc dans un système de garantie implicite au sein de la fédération avec possible rééquilibrage des pouvoirs et où le scénario catastrophe aboutirait à une mise sous tutelle du territoire ; comme cela s’est passé au XVIIIeme siècle, avec la Corse, pour le Duc de Gênes impécunieux. Moyennant le versement annuel de subsides, un traité de Compiègne autorisera Abu Dhabi à installer des garnisons financières à Dubai. Tout en reconnaissant que l’autorité des Dubaïotes est légitime, le gouvernement payeur, représenté par un duc de Choiseul, ministre plénipotentiaire fera régner l’ordre sur le protectorat. Il sera stipulé dans l’accord que tout redeviendra comme avant, à la fin de la dixième année, si Dubaï rembourse.
Autre variante : Abu Dhabi rachète l’actif au bilan de Dubaï Word à l’étranger, les casinos de Las Vegas et à Macau, la chaine de magasins de luxe Barney’s... et les apparences sont sauves car le Duc de Choiseul ne prend pas ses quartiers à Burj al Arab, mais le résultat est le même.
Plus intéressante était l’analyse faite dans le Wall Street Journal à partir du tableau ci-dessous[iv]. Elle montrait qu’après le tsunami, tous les Etats endettés n’étaient pas égaux devant l’endettement, et comment la signature de certains (cf : Etats-Unis, Japon) inspirait beaucoup plus confiance que celle d’autres victimes du tsunami (cf : Hongrie, Turquie). Le tableau se lit de la manière suivante : pour assurer pendant cinq ans une dette de 10 millions de $ auprès de l’Etat américain, il vous en coutera 35.000$ par an et 675.000$ si la dette à été contractée auprès de l’Etat dubaïote.

Le graphique aurait aussi dû inclure la Grèce, les Pays Baltes et l’Irlande dans les maillons qui tirent.
La politique économique en zone euro promet donc d’être intéressante, si tant est qu’elle veut exister avec des pays où la politique monétaire est alignée sur le bon plaisir de Francfort, surnommée Bankfurt, où la politique budgétaire commune est limitée à 1,6% du PIB et où la politique budgétaire nationale frôle déjà les 10% de déficit sans plan de relance.

Pour en revenir à Dubaï, il est évident qu’une partie des fascinés par l’hypercapitalisme nourrissait une jalousie rentrée et que ses déboires actuels révèlent une joie aigre comme disent les Allemands (Schadenfreude), une délectation dans les malheurs d’autrui.

Alors de quoi gloussent les oies ? Si Tiger Woods est certainement le seul milliardaire noir au monde avec Oprah Winfrey, en jouant du club il n’a amassé que des millions. C’est par une très savante monétisation de son image, ce qu’en marketing on appelle faire de son nom une marque (brand), qu’il a su démultiplier ses gains. A Dubaï, il a ainsi vendu son nom à un complexe immobilier au sein de Dubailand, avec un golf bien sûr, et autour une centaine de villas.

On ne demande pas à un sportif d’avoir une conscience, tout le monde n’est pas Mohammed Ali. Je ne lui reprocherais presque pas de ne pas avoir réclamé de conditions plus humaines pour les maçons et les domestiques de son royaume aux cent châteaux, lui le petit-fils d’esclave par son père, si toutefois il n’avait aussi prêté son aura à Nike.

Dans une publicité de 2006, des enfants de toutes les couleurs répètaient « je suis Tiger Woods »[v], en référence directe au film de Spike Lee, où un groupe de bambins se lève en 1992 pour proclamer : « Je suis Malcom X »[vi], en abime du film de Kubrick de 1960 avec la célèbre scène du « je suis Spartakus ».

N’est pas prince noir brillant qui veut.



Parking de l’aéroport de Dubaï (février 2009)
[iv] Edition des samedi-dimanche 28-29 novembre 2009, page A10.

mardi 27 octobre 2009

Après le tsunami (87ème épisode)


27 octobre 2009
On peut faire tout dire à une photo de gens qui font la queue. Du temps où j’étais enfant, TF1 montrait les longues files d’attente pour acheter du pain en France, diffusées à la télévision polonaise. Yves Mourousi n’exsudait pas que l’anticommunisme primaire. Il officiait la messe du 13h00, après la libéralisation des médias par la Gauche et avant l’arrivée de l’émission « Arrêt sur images » ; puis sa suppression en 2007. Il incarnait une forme de journalisme irrévérencieux qui devrait être un pléonasme mais cela dépend des pays. Nos concitoyens ne le croient pas, mais leur PAF est un quatrième pouvoir en toc par rapport aux Etats-Unis ; pays où CNN matraquait en 2003 « A bas le tyran, vive la Guerre ! » et qui a inventé Citizen Kane ; mais où les forces du marché rendent possibles des programmes comme « See it now » d’Edward Murrow, qui contribua à faire trébucher le sénateur McCarthy dans ses propres déclarations, où un Président dut démissionner suite à des révélations parues dans le Washington Post (quand a-t-on vu l’un des nôtres inquiété par des fuites dans le Canard enchainé ?), et où de nos jours, Rachel Maddow, une sorte de Michel Polac de 37 ans présente les nouvelles tous les soirs en prime time, sur la chaine de Bill Gates.
Le week-end dernier, tandis que je séparais le San Francisco Chronicle de l’ivraie publicitaire et que derrière le double vitrage, les voitures reprenaient possession de l’Embarcadero après le cross de Nike, je découvre sur la première page une photo d’une foire aux ménages surendettés. Quatre mille personnes encadrées par des bénévoles en tee-shirt jaune venues renégocier leurs prêts immobiliers sur des maisons dépréciées mais qui tiennent debout.
Nous avons longé l’océan et nous nous sommes enfoncés dans le brouillard, tacheté de paravoiles, toujours plus au sud grâce au GPS. Arrivés au hangar du Palais de la Vache, une foule jeune, drue, vieille, bigarrée, boursoufflée par deux nuits sur le parking s’étirait sur plusieurs centaines de mètres. Les plaques d’immatriculations formaient un jeu de miroirs des rêves fragmentés, des paysans mexicains immigrés en Californie du Centre, des maçons de banlieue, des femmes de chambre de Las Vegas. Tous ces morceaux de vie diversement découpés et colorés produisaient de nouvelles figures à chaque secousse, reçue par la queue. Elles attendaient avec la discipline des Anglo-Saxons et la patience du besoin. Nous n’avons pas pu nous garer.
J’ai repensé à un autre stade couvert, le Superdome de la Nouvelle Orléans, pendant l’ouragan Katrina. Etait-ce l’esthétique de la destruction sur des kilomètres carrés[i], l’abandon des victimes par les services d’urgence ou le fait que cinq années après les événements, les vestiges excitent encore la terreur et la pitié ? A quoi reconnait-on une tragédie ?

Dans l’enceinte du Cow Palace de Daly City



Vingt-six mois depuis l’éclatement des subprimes, la crise immobilière aux Etats-Unis n’est plus le problème exclusif de ceux qui ne savaient pas lire un contrat en anglais ou de ceux qui ont eu le revers de fortune plus grand que l’épargne. Tout le monde sur conseil de son banquier avait pris sa maison pour une tirelire. La faillite rattrapée in extremis des réassureurs Fanny Mae et Freddy Mac a annihilé le marché de la vente de titres obligataires adossés aux crédits immobiliers. Le credit crunch a terminé de bloquer la situation en renchérissant les emprunts à taux variable. Au fur et à mesure que passaient les mois, pourrissaient les emprunts qui contenaient une clause à retardement. D’après la base de données http://www.foreclosuredata.com/ , aux Etats-Unis, au 27 octobre 2009, 1,2 millions de logements sont à divers stades de la saisie bancaire.
En même temps que Geithner sa lançait dans le chantier du nettoyage du bilan des banques, Shaun Donovan, Ministre du logement mettait en œuvre la politique d’Obama, le Home Affordable Modification Program, annoncé en mars 2009. La première idée est d’inciter par des mécanismes gagnant-gagnant les prêteurs à ajuster le montant des emprunts à la valeur dépréciée des biens. La deuxième est de n’aider que les personnes qui occupent leur logement et qui ont fait preuve de bonne foi en tant qu’emprunteur. Les quatre banques ayant bénéficié le plus de la largesse du contribuable, JP Morgan, Wells Fargo, Bank of America et Citigroup, (via sa filiale CitiMortgage) sont ou représentent les créanciers de 65% des 2.7 millions de prêts immobiliers, susceptibles de bénéficier du dispositif. Mais seule une minorité l’a été, souvent de manière symbolique, ce qui a entraîné des rechutes quelques mois après.
Voici un tableau qui reflète la résistance des institutions financières à revoir les termes des prêts :

La première colonne représente le pourcentage des prêts pour lesquels la banque propose une modification sur le total des prêts qui pourraient l’être au titre de la loi. Par exemple, Wells Fargo ne propose qu’à 10% de ses emprunteurs en grande difficulté et qui réunissent les conditions, d’envisager une novation de leur contrat de prêt.
La deuxième colonne représente le pourcentage de prêts pour lesquels la négociation s’engage. La troisième montre qu’à l’exception de Bank of America, un nombre très élevé des dossiers ouverts aboutissent. Mais le tableau ne montre pas à quel pourcentage de la valeur du bien immobilier, le montant du prêt est ramené. Ni si le prêt nové ne connait plus d’incident.
Si l’argent du contribuable a pu éviter la mort par nécrose du système financier, dont les banquiers de Wall Street, disait Barney Frank, le président de la commission des finances[ii] au Congrès, de temps de Hank Paulson, alors l’argent du TARP doit aussi servir à secourir les familles en proie au tsunami immobilier. Les Démocrates sont aux responsabilités depuis dix mois et les 50 milliards du TARP pour les ménages surendettés ont été chassés par une tâche encore plus grandiose et urgente, la réforme de la protection sociale. Maintenant que le chômage est repassé au dessus de 10% et le Dow Jones à 10.000 points, comment ne pas parler de désillusion ?
Un autre programme du Fed, le TALF a lui été élargi en mai pour relancer la titrisation en se disant que les obligations d’hier sont les problèmes d’aujourd’hui et que les banques ne recommenceront pas à prêter ou à refinancer tant qu’elles n’auront pas pu se débarrasser de leurs actifs toxiques. C’est un peu comme si on disait aux chômeurs que leurs problèmes seront résolus si les ennuis de leurs anciens employeurs disparaissent. Ce n’est pas faux dans l’absolu mais pourquoi ne pas commencer par eux ?
La nouveauté depuis la fin de l’été, c’est l’industrialisation du processus de renégociation des prêts. Une autre queue, la même foule ? Dans d’autres halles de rodéo, 8000 patients en sept jours sont traités par du personnel médical bénévole. La location du stade provient des dons des Démocrates de gauche (les liberals, les autres s’autodéfinissent comme « moderates »). Ils ont compris que ces images au journal de 20h00 valent dix manifestations. Fondé en 2001, le Mouvement National pour les Cliniques Gratuites[iii] a des dispensaires dans tout le pays, mais il se concentre en ce moment dans les Etats dont les Sénateurs s’opposent à la création d’une couverture médicale publique.

Gabrielle Durana
All rights reserved.

[i] http://www.metmuseum.org/special/new_orleans/images.asp Robert Polidori a publié un livre de cette exposition : “After the flood”.
[ii] Son titre officiel est “Chairperson of the House Financial Services Committee”
[iii] http://www.freeclinics.us/events.php Si vous voulez soutenir une bonne cause, votez avec votre carte de crédit.



vendredi 14 août 2009

Chronique # 86 : La mort, la maladie, l’argent et le tsunami

Le poster “Hope” signé Shepard Fairey, artiste des rues,
aux côtés de la photo de Mannie Garcia qui l’a inspiré, dans une galerie de Chelsea à New York.
Vendredi 14 août 2009

Que faire d’un vendredi si vous n’êtes pas musulman ? Wall Street TV était très déprimante, -141 points au réveil. Impossible de se rendormir à cause du soleil. J’ai coupé le son et je suis allée répondre à mes mails. Puis j’ai petit déjeuné en regardant la mer. Ira, ira pas ? Je pourrais rester à lire le Wall Street Journal d’hier encore repassé, le San Francisco Chronicle de ce matin, déplié, à travailler, à écrire. Ma conscience civique me fait m’habiller pour ma visite impromptue à la Sénatrice Dianne Feinstein. Si vous avez vu le film « Milk » (2008) avec Sean Penn, quand Dan White, le Blanc-shooté-aux-barres-chocolatées avait tué le maire de San Francisco, George Moscone, et Harvey Milk sans préméditation-en-passant-par-la-fenêtre, c’est elle qui annonce la nouvelle et qui devient maire par intérim. Trente et un ans après, elle est la sénatrice ainée (Senior Senator) pour l’Etat de Californie à Washington. Elle représente 17,5 millions d’habitants à elle toute seule. Barbara Boxer, la sénatrice cadette (Junior Senator), originaire de Brooklyn mais depuis longtemps adoptée par le Comté de Marin, quand on traverse le Golden Gate, elle, est chargée de vouloir pour l’autre moitié des Californiens. Deux femmes de la région de la Baie à la chambre haute, la présidente de la chambre basse (Speaker of the House), Nancy Pelosi, est aussi de San Francisco. En échange les gouverneurs de l’Etat, Arnold Schwarzenegger ne fait pas exception montent à Sacramento depuis la Californie du Sud.

En fait, ma spontanéité a été aiguisée par un email que j’ai reçu lundi. Il était signé d’Organizing for America, le groupement qui a permis la victoire d’Obama en mobilisant des millions de simples citoyens ou de métèques, au sens grec du terme c'est-à-dire de non-citoyens, des étrangers comme moi ayant une conscience mais pas de passeport américain. Le message disait : d’après votre code postal, vous habitez juste à côté du bureau de votre Sénateur. Si vous croyez dans la réforme de l’assurance maladie et dans l’introduction d’une couverture publique pour forcer les assurances à but lucratif à baisser leurs primes, cliquez ici. Suivait un planning où on pouvait s’inscrire pour aller rendre visite à son voisin de sénateur et un plan de Google pour vous repérer. Le message n’était pas absolument clair si on était attendu ou non. C’est devenu évident, mercredi matin, quand j’ai reçu une piqure de rappel que je ne l’étais pas.
Si on regarde par sa grande lucarne en plasma, il semble que tout le pays se soit levé contre le plan Obama de réforme de l’assurance maladie. Moi qui vivais en Irlande quand Alain Juppé, alors premier ministre essayait de réformer le système français, pour en maitriser les coûts, j’ai un sens de l’ironie dans le huis-clos de mon souvenir et comme toute Française une haute tolérance pour la manifestation. La télévision montre tous les soirs des gens qui hurlent, qui traitent Obama de nazi, qui s'agitent à l’entrée des town hall meetings, la version américaine de la rencontre sous les préaux, sauf qu’ici, l’élu en plus de parler, écoute. Je dirai même plus ma chère Ségolène, ils écoutent deux fois plus qu’ils ne parlent. Et apparemment ça vocifère.

Je ne fais pas que regarder Wall Street TV toute la journée sans le son. A 20h00, du lundi au vendredi, sur la chaine du Milliardaire, MSNBC, je ne rate jamais le show de Rachel Maddow. Mon chéri et moi nous racontons notre journée au moment de la pub. C’est la meilleure émission d’informations que j’aie jamais vu à une heure décente ; le nombre de bonnes émissions à des heures où les travailleurs intellectuels ou manuels reconstituent leurs forces se rallonge même à la télévision américaine, de Charlie Rose à Meet the Press ; malheurseusement la journée n’a que 24 heures, magnétoscope numérique ou pas. Comme si un Michel Pollack de 38 ans avait été promu présentateur des nouvelles du soir, tous les soirs, Cabu en moins et la courtoisie en plus. Depuis le début des vacances parlementaires, Rachel Maddow fait un travail d’investigation quotidien pour montrer que les manifestations sont soit l’objet de citoyens mal informés : le projet d’Obama n’a pas pour but d’euthanasier les enfants trisomiques ou le 4eme âge, ou des gens comme Stephen Hawkins, astrophysicien auteur d’Une certaine histoire du temps qu’ Obama vient de décorer de l’équivalent de la Légion d’Honneur (la Medal of Freedom) accordée aussi à titre posthume à Harvey Milk et que le National Healthcare System britannique devrait utiliser dans ses pubs pour faire savoir tout le bien qu’il fait, nonobstant ses critiques. Rachel Maddow remonte le fil de l’argent : qui paye les bus qui louvoient de salle communale en gymnase ? Ou les spots télévisés démoniaques qui montrent des parents en train de se désoler que le plan Obama remboursera l’IVG de votre petite sœur mais pas l’opération de la hanche de la mémé de Caroline du Sud ? Surprise, surprise, des lobbies pharmaceutiques et des assurances privées.
Aujourd’hui, Obama rencontrait dans le Montana une assemblée de citoyens qui posaient avec déférence leurs inquiétudes sur la manière dont il allait bien pouvoir assurer 46 millions de personnes supplémentaires, sans compter les 20 millions qui sont mal couvertes, sans augmenter les impôts à la mode suédoise. « Je ne vais pas vous répondre que cela va être gratuit ». Il posait sa veste sur la chaise. Deux tiers de la somme nécessaire pourraient être trouvés dans l’informatisation et la chasse au gaspi et le tiers qui manque, explique-t-il, en supprimant le bouclier fiscal en faveur des ultras riches, institué par George W Bush tout au long de huit ans de présidence. J’ai écouté la réponse avec tendresse. Si seulement c’était si simple ! Mais je préfère qu’on laisse filer les déficits pour soigner des épileptiques que pour continuer la guerre en Irak. En fait, je préfère qu’on ne laisse pas filer les déficits mais la médecine à but lucratif est à la médecine ce que la justice militaire est à la justice.

En bas du gratte-ciel où Mme Feinstein a ses bureaux, nous étions une quarantaine à avoir répondu à l’appel de la plage de 10h00. Les agents de sécurité nous demandent toutes les cinq minutes de parler moins fort. Nous ne vociférions pas. L’homme est soit Républicain, n’a pas le sens de l’humour, exerce sa profession. Au bout de vingt minutes arrive l’assistant parlementaire qui nous reçoit dans le hall. Des profs, des retraités, des chômeurs, des artistes, des dirigeants de PME qui souhaitent fournir une couverture maladie à leurs salariés mais qui ne le peuvent pas. Chacun dit ce qu’il a sur le cœur. Je pense que ça va durer dix minutes. L’assistant prend des notes, répond en une phrase, redistribue la parole. Une fois, dix fois, vingt fois, les citoyens inquiets répètent qu’ils souhaitent une assurance publique et fédérale. En Californie, qui émet sa propre monnaie (les IOU[i]) et sabre dans les programmes sociaux au lieu de lever l’impôt pour équilibrer le budget, le salut viendra de Washington, pas de Sacramento. L’assurance devra être facultative –nous sommes au pays de la liberté de porter des armes- mais il ne faut pas qu’elle soit de témoignage : ils la veulent « robuste », il faut « qu’elle ait des dents » pour mordre, pas les patients mais dans les frais médicaux. L’assistant assentit. Un monsieur âgé qui est très content de son Medicare, l’assurance publique des plus de 65 ans, demande si la sénatrice soutient le principe du guichet unique (single payer), c'est-à-dire qu’ au lieu d’avoir des milliers d’assurances avec chacune sa bureaucratie, sa nomenclature, et son réseau de médecins, on rationaliserait le système ce qui permettrait de faire des économies et incidemment de comparer entre assureurs des produits standardisés. L’assistant avale sa salive. « Il y a plusieurs projets de loi. La sénatrice ne s’est pas encore prononcée sur la question ».

Samedi dernier, le Wall Street Journal expliquait que les chiens en Grande-Bretagne sont mieux lotis que leurs maîtres, puisqu’ils sont libres de choisir leur vétérinaire. La veille, en première page, un article par ailleurs assez bien écrit racontait le cas d’une mère française qui avait accouché dans l’ambulance parce que la petite maternité près de chez elle avait été fermée par souci d’économie. Quand j’étais en prep-ENA, il y a 10 ans, l’Inspecteur général aux affaires sanitaires et sociales que j’avais apostrophé sur la fermeture des maternités en zone rurale m’avait convaincue que les services qui effectuaient moins de 300 accouchements par an, soit nettement moins d’un accouchement par jour, donnaient un faux sens de sécurité aux mères et aux pères. En réalité, expliquait-il, leurs praticiens perdent la main à force de ne pas pratiquer les gestes suffisamment souvent. Quand un cas un peu compliqué se produit, ce qui arrive tout le temps, les nourrissons souffrent à la naissance.

Tous les technocrates ne sont pas dénués de sensibilité et tous les éditoriaux du Wall Street Journal ne sont pas inspirés par Robert Murdoch, même si la plupart le sont. A 11h30, je me suis éclipsée en me disant que le tsunami avait sacrément renversé les pièces sur l’échiquier. Obama et ses conseillers, tous formés sous Clinton avaient-ils étudié la partie jouée et perdue en 1993 ? Pourvu qu’ils ne roquent pas l’assurance publique contre la réélection en novembre 2010.

La mère de Barack Obama est morte pendue au téléphone avec son assurance qui ne voulait pas lui rembourser le traitement de sa phase terminale de cancer.

Gabrielle Durana
All rights reserved

[i] http://tsunamifinancier.blogspot.com/2009/07/chronique-81-lepave-economique.html

vendredi 7 août 2009

85ème épisode : les poseurs de mots sous la lune

Erratum : à propos de l’article sur Goldman Sachs, il fallait lire qu’il était paru dans Rollingstone, et non les Rolling Stones.

Bernanrd de Bovier de Fontenelle (Louis Galloche, 1670-1671, Château de Versailles)

Vendredi 7 aout 2009

Quand j’étais en licence à Paris VIII, j’avais décidé de suivre une option de Libertés Publiques. Deux enseignants officiaient en la matière. Le premier était un jeune prof africain brillantissime mais très autoritaire, qui luttait contre les effectifs surchargés en appliquant le même zèle que la police à l’entrée de Roissy. Après avoir réussi à assister clandestinement à deux séances, sur le référé-libertés, où nous étions cent trente étudiants pour soixante inscrits, je fus refoulée. Comme j’avais déjà souffert d’une éducation civique bâclée, car les enseignants au collège préféraient finir les 55 autres chapitres en histoire et en géographie, je me rabattis donc sur l’autre prof. Il était d’un âge avancé et je m’asseyais au fond de l’amphithéâtre désert pour ne pas attirer l’attention. Un jour, mon maître de conférences en macroéconomie l’apprend. Il s’écrie : « C’est une honte qu’un homme pareil enseigne cette matière ! ». Il est vrai qu’il fallait aimer la liberté. « Il était l’avocat des poseurs de bombes pendant la Guerre d’Algérie !».

Ma première rencontre avec l’Organisation de l’Armée Secrète avait eu lieu à Sciences Po. Un vieux monsieur dans un Emile Boutmy comble faisait cours de philosophie politique. Il nous expliquait Edmund Burke et les socialistes utopiques avec tant de grâce qu’il était difficile d’imaginer qu’il eût jadis tenu les comptes d’une organisation terroriste.

Je pense souvent à Raoul Girardet. Ses quatre invariants des Mythes et mythologies politiques me servent encore à analyser les discours politiques. Il y avait :

–le mythe de l’homme providentiel (« Raymond Barre, le meilleur économiste de France »[i], « Obama, we can believe in[ii] »),
-celui de l’âge d’or (« les Trente Glorieuses »[iii], « l’ère Reagan, America is back », « la croissance Clinton »),
-celui de l’unité (« La France unie »[iv], « la France qui se lève tôt »[v], « Travailler moins pour travailler tous »[vi], la dénonciation de « la fracture sociale »[vii], « Inclusion »[viii], « Fraternité »[ix])
-et celui de la conspiration (« l’axe du Mal »[x], « la racaille »[xi], « il manque 9 trillions à la Fed ! »[xii]).

Depuis mon Année Préparatoire, je me suis demandée plus d’une fois si Raoul Girardet savait compter. Quid de la thématique de la décadence ? « You are bankrupting this contry »[xiii], « la France qui tombe »[xiv]. Quid du réalisme ? « La France ne peut pas accueillir toute la misère du monde »[xv]. Quid de l’impérialisme ? Delenda Carthago est [xvi], « Il faut pacifier l’Algérie aux lances flammes »[xvii], « Mission accomplished » déclarait George Bush après deux semaines en Irak.

En fait, avec une cuillère en bois, on peut touiller la décadence et l’impérialisme dans la conspiration ; l’ennemi extérieur ou intime auquel on résiste, qui nous ronge, que l’on attaque en premier. Et par définition, le réalisme est de l’anti-mythe. Bien vu Monsieur Girardet.

Dans cette crise économique sans pareille, qui frappe les Etats-Unis depuis deux ans et a recouvert la planète en dix mois, le discours du complot se nourrit de l’indignation commune mais il la détourne à ses propres fins.

L’indignation est légitime, face à l’impunité civile ou pénale de gens qui ont accaparé notre système financier ; qui comme l’eau ou l’air ou l’information ou la santé appartiennent à l’humanité tout entière. Ce que Frédéric Lordon appelle « la théorisation de la condition de cocu de l’Histoire »[xviii] doit faire partie du discours mis en place publique. Aux grands hommes la patrie est reconnaissante si le pouvoir vient attaché de l’obligation de rendre compte ; ce que les Anglo-saxons appellent « accountability ». L’indignation est alors le pistolet électrique qui vise le cœur de l’abus, fait poser genoux à terre et plier de douleur les gens qui se sont servis et nous ont asservi, au lieu de servir.

L’indignation est pourtant souvent gâchée parce qu’elle se trompe d’objet. Ainsi, en début de semaine, je reçois d’un lecteur de Bruxelles un article signé par Paul Jorion et paru dans Marianne[xix]. Cet anthropologue installé à Los Angeles et qui enseigne à la prestigieuse université de UCLA écrit aussi dans le Monde, ce qui n’est pas mon cas, des analyses souvent vomitiques sur les Etats-Unis ; ce qui n’est pas mon cas non plus.

Jorion n’enseigne pas la finance mais se vante de connaître le domaine des banques, parce qu’il a été cadre chez Countrywide, surnommé la capitale de la fraude (« Fraud central [xx]») par l’émission « 60 minutes »[xxi]. En effet, chez le deuxième plus grand courtier du pays en prêts immobiliers, la Direction disait à ses salariés de mentir sur les revenus des ménages. Puis elle repackageait les prêts avariés et les distribuait dans des verrines[xxii]. Des immigrés, souvent des Latinos ou des Afro-Américains signaient avec le sourire des contrats qu’ils ne comprenaient pas pour des maisons de 270.000$ à 700.000$.

Alors que depuis dix jours, les bonnes nouvelles concernant l’économie américaine tombent comme neige en avril, avec scepticisme auprès des témoins, donc Jorion explique, grâce à sa connaissance acquise à Counrywide, que la conjoncture, loin de s’améliorer est en train d’accoucher de la fin. Il ne parle pas de toutes les maisons saisies par les banques et qu’elles gardent sous le boisseau pour organiser la pénurie -et donc la compétition entre acheteurs-, qui fera que les prix remontent. Pourtant, le shadow inventory, (littéralement les stocks qui restent dans l’obscurité) s’élèverait, d’après RealtyTrac, à 30% de plus que les 3,5 millions de logements officiellement à vendre.

Voici un diagramme paru en avril 2009 dans le San Francisco Chronicle[xxiii] qui décrivait le phénomène en Californie :

Les stocks cachés de biens immobiliers résidentiels apparaissent ici en bleu. Foreclosure veut dire « saisie immobilière » et « resale » signifie « revente ».

Il ne dit pas que les choses empirent parce que le chômage détruit le pouvoir d’achat depuis 19 mois consécutifs ; encore 272.000 emplois supprimés au mois de juillet 2009. En Californie, le taux de chômage s’élève à 11,6%.

La preuve de l’Apocalypse est d’après Jorion dans les ventes d’actions détenues par les grands directeurs des banques. Secrètement, ils seraient en train de délester leur portefeuille des actions de leur propre firme, en profitant que les cours remontent.

Il est vrai que l’indice Standard & Poor a franchi le cap des 1000 points, à 1010 aujourd’hui et que le Dow Jones caresse sans les atteindre les 9400 points. Mais quand on cherche à vérifier ses dires sur le comportement des dirigeants de grandes banques, y compris JP Morgan Chase, Morgan Stanley et Goldman Sachs, on ne trouve pas de trace d’une liquidation.

Et ce n’est pas parce que ces agissements sont secrets. Au contraire, de par la loi, ce genre de transactions est public. Elles font toutes l’objet d’une déclaration à la Securities Exchange Commission, le gendarme de la Bourse.

Vérifiez-vous-même. Si vous allez sur les pages « Vie des affaires » du site du New York Times (http://www.nytimes.com/), et que vos tapez GS dans la petite case « get quotes » de la page d’accueil, vous tombez sur la vie trépidante de Goldman Sachs[xxvi]. Cherchez maintenant dans la colonne de droite la rubrique « Latest Insider Trades”, ce qui signifie “dernières opérations d’initiés »[xxv]. La plus récente remonte au … 18 mai!

Si vous allez maintenant, sur le site http://www.insidercow.com/, vous pouvez trouver toutes les opérations d’initiés de toutes les entreprises cotées en Bourse. Amusez-vous à taper JPM pour JP Morgan Chase ou MS pour Morgan Stanley.

Par exemple, le 4 aout, le vice-président de JPM a vendu 25.000 actions pour la belle somme de 1 million de dollar, mais la colonne suivante vous montre qu’il en possède encore… 482.067.

La question de savoir s’il mérite ses stock-options n’est pas ici posée. Mais en tous les cas, contrairement à ce que racontent ceux qui envient les riches au lieu d’aimer les victimes du tsunami, personne n’est en train de vendre avant la fermeture totale.

La critique de la spéculation et de l’économie de casino est légitime mais elle doit être bien construite pour porter, sinon c’est du populisme.

Par exemple, la SEC est sur le point d’interdire une technique dite du flash trading qui utilise des super ordinateurs pour effectuer des transactions de va et vient en quelques millisecondes. Dire que c’est de la triche est faux. C’était légal et quelqu’un en a eu l’idée. Constater que ce n’est pas socialement souhaitable car totalement improductif et doit donc être interdit relève du débat démocratique. Analyser l’innovation comme une rupture de l’égalité entre épargnants qui ne disposent pas tous d’ordinateurs ultra-rapides relève, lui, d’une application « technique » de la règle de la libre concurrence.

Tordre les faits ou établir des causalités là où il n’en existe pas (Bill Gates vend des actions MSFT tous les mois depuis des années, est-ce à dire qu’il ne croit pas dans son entreprise ?), me rappelle les techniques obscurantistes utilisées pour contrôler les esprits par la peur ; Fontenelle (1657-1757) dénonçait avec courage l’absurdité de l’Eglise qui appelait au repentir avant l’avènement de la fin du monde en se basant sur l’apparition de tâches lunaires. La même absence d’esprit rationnel est à l’œuvre aujourd’hui par quelques prophètes qui profitent des causes occasionnelles et profanent la liberté.

L’indignation détournée de son vrai objet, les spéculateurs regardent leurs écrans où brille à l’ombre de leur cupidité un baril à 73$.

Gabrielle Durana
All rights reserved


Le New York Stock Exchange a une annexe à Mahwah, dans le New Jersey,
en cours de construction, pour pouvoir héberger les très gros ordinateurs
nécessaires au traitement des opérations d’achat et de vente flash.

[i] Valéry Giscard d’Estaing, 1976.
[ii] “Obama, du changement auquel on peut croire.
[iii] Formule inventée par Jacques Rueff, qui désigne les trente années de croissance ininterrompue de 1945 à 1973.
[iv] Slogan du candidat François Mitterrand en 1988.
[v] Slogan du candidat Nicolas Sarkozy en 2006.
[vi] Slogan des 35 heures de Martine Aubry en 1998.
[vii] Thème de campagne de Jacques Chirac en 1995.
[viii] “Intégration”, slogan de la campagne d’Obama en 2008.
[ix] Slogan de la candidate Ségolène Royale en 2006.
[x] Slogan de George W Bush qui incluait Al Qaeda, la Corée du Nord, l’Iran et Saddam Hussein.[xi] Slogan de Nicolas Sarkozy, ministre de l’Intérieur pour designer les jeunes délinquants de banlieue.
[xii] Cf: http://tsunamifinancier.blogspot.com/2009/07/84eme-chronique-la-tectonique-du.html
[xiii] Slogan des Républicains actuellement pour s’opposer au plan Obama de couverture médicale universelle.
[xiv] Nicolas Baverez, 2004
.[xv] Michel Rocard, alors Premier ministre pour expliquer la fermeture des frontières en 1990. La citation exacte, souvent méconnue est « La France ne peut accueillir toute la misère du monde, mais elle doit savoir en prendre fidèlement sa part.»
[xvi] Il faut détruire Carthage. Caton l’Ancien (-234, -149), quel que soit le sujet de son discours terminait toujours car cette phrase.
[xvii] François Mitterrand, 1956, alors ministre de l’Intérieur.
[xviii] http://www.arretsurimages.net/contenu.php?id=2152
[xix] http://www.marianne2.fr/Le-capitalisme-en-danger-Sauvons-les-banquiers!_a181671.html
[xx] L’expression est forgée sur le nom de la station de trains, “Grand Central” de New York, équivalente de celle des Halles à Paris. Ici elle signifie, le quartier général, la Rome où mènent toutes les routes de la fraude.
[xxi] Inspirée d’une émission canadienne des années 60 qui s’appelait “This hour has seven days”, « 60 minutes » est le programme de journalisme d’investigation le plus prestigieux de la télévision américaine, qui en compte d’autres (« Frontline » sur la télé publique…) Il est diffusé le dimanche à 18h00 sur la chaine privée CBS. Il existe depuis 1968.
[xxii] Revoir comment fonctionne la titrisation ici: http://tsunamifinancier.blogspot.com/2008/10/chronique-n26-tout-ce-que-vous-vouliez.html [xxiii] 8 avril 2009
[xxiv] http://topics.nytimes.com/top/news/business/companies/goldman_sachs_group_inc/index.html
[xxv] NB : une opération d’initié n’est pas forcement un délit.

mercredi 29 juillet 2009

84ème chronique : La tectonique du théâtre

Le futur siège mondial de Goldman Sachs, toujours en construction, au 200 West Street à côté de Ground Zéro, malgré plusieurs accidents graves ou spectaculaires. Estimé à 2,4 milliards de dollars, dont 1 milliards de fonds patriotes (Liberty bonds), exonérés d’impôts, l’immeuble de 43 étages et d’architecture durable est signé Henry N. Cobb, 82 ans, qui a aussi bâti le Fonds Monétaire International (2005) à Washington.

Le courrier des lecteurs est à la fin.

Mercredi 29 juillet 2009

A l’ombre du Ferry Building, devant les étals de fruits, de légumes et de fleurs bios, des jeunes distribuent des tracts. Ils incitent le tout venant à signer la pétition pour obtenir un audit de la banque centrale. Les joggeurs passent. Les goûteurs détournent le regard et piochent dans les coupelles avec les pinces pour saisir des échantillons du bout des doigts. Les partisans de Ron Paul, le député libertarien du Texas sont moins assidus que les apôtres de la Scientologie devant Macy’s, mais ils sont plus nombreux[i]. Ils professent un antiétatisme que la jeunesse de leurs militants rendrait sympathique, si vous n’étiez pas à San Francisco, la ville du mariage gay, de la couverture médicale universelle municipale, du salaire minimum à 9,79$, de l’interdiction de l’eau en bouteille à la mairie, et des sacs en plastique au supermarché, du Paris plage -sans sable- sur Market Street, du métro, des écoles publiques de qualité mais pour gagner il faut jouer au loto, car ici pas de carte scolaire.

« Où est passé notre argent ? » accuse l’affiche scotchée. « Même la CIA se fait inspecter de temps à autre ».

La Fed est malaimée. Dans un vidéo-clip intitulé « Who is minding the store ?”[ii], visionné plus d’un million de fois sur YouTube, un député Démocrate de Floride, Alan Grayson[iii], sorte de croisé entre Batman et Ralph Nader interpelle l’Inspectrice Générale du Conseil des Gouverneurs de la Réserve Féderale sur les bénéficiaires de l’aide de la Fed depuis huit mois. Il veut des noms. La haute-fonctionnaire hésite. Tous les noms ? Les noms. Elle jette une mine interloquée et explique que son autorité ne recouvre pas le domaine de la question. L’élu au Capitol lui demande si elle a fait procéder à une estimation des pertes de la Fed. « C’est vous qui dites qu’il y a des pertes » dit la dame avec lenteur. Le membre du Congrès cite une dépêche Bloomberg qui parle d’un montant hors bilan (off-balance-sheet transactions) de 9,7 trillions[iv]. Elle balbutie qu’elle n’a pas eu l’article entre les mains.

Récemment, le même Alan Grayson demandait à Ben Bernanke, auditionné par le Congrès dans une retransmission en direct sur Wall Street TV et sur la chaîne d’information civique C-Span, ce qui était arrivé au demi-trillion de dollars qui figurait sur le bilan de la Fed au titre de prêts consentis à des banques centrales étrangères[v]. Comme le gouverneur commençait à expliquer ce qu’était un swap de devises, le député l’arrête. Sait-il à qui est allé l’argent ? Ben Bernanke répond que les banques centrales se prêtent entre elles et qu’ensuite chacune prête à ses banques nationales. L’élu de Floride cite un prêt-swap à la Nouvelle Zélande de 9 milliards de $. Pour une population de 4 millions d’habitants, cela fait 2550 $ par personne. N’aurait-il pas été préférable de prêter cet argent aux Américains qui voient leur autorisation de découvert annulée du jour au lendemain, pour cause de credit crunch ? La Fed prête aussi et principalement aux agents intérieurs, répond le banquier central. L’autre plisse les lèvres, lâche un rire qui se brise dans le silence de Bernanke, il se reprend. Le député demande si le pouvoir législatif n’aurait pas dû être consulté. Il cite la Constitution [vi]. En vertu de quelle autorité ces prêts à l’étranger ont-ils été consentis ? L’article 1 section 9 portant pouvoirs du Parlement dispose : «Aucune somme ne sera prélevée sur le Trésor, si ce n'est en vertu de crédits ouverts par la loi; et un état et un compte réguliers de toutes les recettes et dépenses de deniers publics seront publiés périodiquement. » Ben Bernanke lui dit sans lui dire qu’il confond le Trésor, personnification financière de l’Etat et la banque centrale, qui alimente en monnaie toute l’économie. Alan Grayson n’est pas venu pour prendre des cours d’économie. Toute la 8eme circonscription de Floride le regarde, ou devrait. La Fed tire son autorité d’une loi de 1913, rappelle Ben Bernanke. L’élu rétorque qu’à l’époque où les Chambres ont adopté la loi, le PIB des Etats-Unis était beaucoup plus petit ; les législateurs n’ont jamais eu l’intention de céder leur pouvoir sur des sommes aussi importantes à un comité de technocrates.

Les internautes regardent ces extraits sur YouTube et prennent les silences du banquier suprême pour des aveux. La blogosphère s’empare de la nouvelle. Personne ne sait qui a reçu les 2 trillions au bilan de la Fed, sans compter les transactions hors bilan, 9 trillions. D’ailleurs, où est passé l’argent ? Un bloggeur bilingue traduit et par le téléphone arabe, la nouvelle devient : « Qui est parti avec 9 trillions dans la caisse ? »[vii]. Avec une population de 60 millions d’habitants, cela fait 100.000 euros par Français.

N’aurait-il pas été préférable que le député Alan Grayson fasse des études d’économie, que le bloggeur bilingue et tous les autres théoriciens de la conspiration, du gouvernement de l’ombre - on ne dit pas juif- aillent jouer aux jeux vidéos ?

Non, car c’est du théâtre. Ionesco est mort, Yasmina Réza écrit pour Broadway, qui va remplir C-Span ?

Le 21 juillet 2009, Ben Bernanke, maintenant officiellement en campagne pour un nouveau mandat à la tête de la Fed en janvier 2010[viii] répondait aux questions de la Commission des Finances du Congrès[ix]. Le matin même, le Wall Street Journal publiait une tribune libre sous sa plume intitulée : « La stratégie de repli de la Fed »[x] ; écrire c’est une manière de ne pas être interrompu.

J’ai déjà expliqué comment la Fed compte contrôler le dégonflement des deux trillions à son bilan pour le ramener à un statu quo ante[xi]. L’histoire dira si Bernanke était un bon anesthésiste ou s’il a tué le patient en essayant de le réveiller. Mais le moment le plus intéressant de toute la matinée est venu quand il a demandé aux députés s’ils avaient une stratégie de repli pour dégonfler la dette publique (une fiscal exit strategy, par opposition à une monetary exit strategy). L’autre échange très intéressant a été quand Ron Paul a exigé un contrôle de l’action de la Fed par le Parlement. On était replongé en 1993[xii] lorsque la Banque de France luttait pour sa propre indépendance, avant que son âme migre sur les bords du Main. La Banque Centrale Européenne, elle, a été conçue d’emblée comme indépendante du pouvoir politique pour faire plaisir aux Allemands qui autodafaient leur Deutsch Mark sur l’autel de la Monnaie unique. Le grand débat manqué à l’époque fut non pas la question de l’indépendance, qui semble une cause entendue une fois qu’on a compris que la Banque Centrale n’est pas la personnification financière de l’Etat, sinon gare !, gare au pouvoir sans contrepouvoir de battre monnaie. Le débat perdu fut celui sur les objectifs de la banque centrale. La BCE ne reçut comme mission que la stabilité des prix ; la croissance viendrait par la transsubstantiation des profits en corps du Christ. La Fed, elle a pour mandat de concilier les deux.

Il y a des raisons de questionner ce que fait la Fed notamment avec la monétisation de la dette à moyen terme, mais ce n’est pas très sexy.

Alors, comme il faut bien vendre, Goldman Sachs fait la couverture du magazine Rolling Stones[xiii]. L’histoire pourrait se résumer ainsi : « l’Irlande a l’IRA, l’Espagne a l’ETA et les Etats-Unis ont Goldman Sachs ». Leurs amours incestueuses avec l’Etat n’ont d’autre objet que de perpétuer leur pouvoir. Certaines parties de l’article sont excellentes, d’autres assez faibles. Par exemple il est difficile de clouer au pilori Goldman pour l’invention et l’abus des CDS quand c’est JP Morgan Chase qui a laissé sortir le patient zéro[xiv]. Mais sur la bulle high tech à la fin de la décennie 90 et sur celle des matières premières, l’année dernière, l’accusation de spéculation est fondée.

Le 23 juin 2009, Goldman Sachs a rendu les 10 milliards que Hank Paulson l’avait forcé à accepter, au moment où il fallait garantir qu’aucune autre banque d’affaires ne ferait faillite. En remboursant le Trésor, Goldman voulait redevenir maître chez lui. Et se débarrasser de la tutelle sur les salaires. Petit problème, le gouvernement détenait des « warrants » - des bons de souscription d’actions qui lui permettaient de convertir les obligations en actions, si le cours remonte. Goldman voulait les racheter pour 600 millions. Le 22 juillet, il a dû verser 1,4 milliards ; soit un taux annualisé de 23% de retour sur investissement.

Et cette dépêche que vous n’aviez pas encore eue entre les mains : « Goldman Sachs est en pourparlers pour acquérir le Département du Trésor. Dans ce qui est d’ores et déjà considéré comme le coup du siècle, Goldman Sachs a confirmé aujourd’hui qu’il est en négociations pour acquérir le Département du Trésor américain. D’après le porte parole de Goldman, M. Hestsron, la fusion « est un beau mariage » car les deux institutions vouent leur existence à la même chose, fabriquer de l’argent. De nombreuses synergies et des économies d’échelle pourraient être obtenues : « Nous avons déjà tellement de postes de travail et tant d’argent circule dans les deux sens, que cela permettrait de rationaliser le processus ». Mr Hestsron déclare que la seule difficulté dans la fusion est de trouver les parties du Trésor qui ne sont pas déjà la propriété de Goldman. » Goldman Sachs a récemment fêté des profits records en rôtissant un cochon au lait au dessus d’un bûcher allumé avec des billets de 100$. La rumeur dit que Goldman est sur le point de réclamer au Trésor qu’il rembourse l’argent du TARP[xv].

Gabrielle Durana
All rights reserved

-----------
[i] Voir http://tsunamifinancier.blogspot.com/2009/07/chronique-82-eyes-wide-shut.html
[ii] Traduction: “Y a-t-il quelqu’un pour surveiller le magasin?”
http://www.youtube.com/watch?v=cJqM2tFOxLQ&feature=channel
[iii] Allez voir ses publicités électorales, sur son site: http://www.graysonforcongress.com/
[iv] http://www.bloomberg.com/apps/news?pid=washingtonstory&sid=aGq2B3XeGKok
[v] http://www.youtube.com/watch?v=00ECLxK2YTs
[vi] L’article 1, section 9 dispose: “No Money shall be drawn from the Treasury, but in Consequence of Appropriations made by Law; and a regular Statement and Account of the Receipts and Expenditures of all public Money shall be published from time to time.” Traduction: “Aucune somme ne sera prélevée sur le Trésor, si ce n'est en vertu de crédits ouverts par la loi; et un état et un compte réguliers de toutes les recettes et dépenses de deniers publics seront publiés périodiquement. »
[vii] http://www.lepost.fr/article/2009/05/27/1552985_9-000-milliards-de-dollars-a-la-fed-disparu-et-le-silence-des-medias.html
[viii] Le President nomme le gouverneur de la Fed, mais il doit ensuite être confirmé par un vote du Sénat.
[ix] House Financial Services Committee
[x] « Fed’s Exit Strategy », Wall Street Journal, 21 juillet 2009,
[xi] http://tsunamifinancier.blogspot.com/2009/03/74eme-chronique-le-petit-sachet-dargent.html vers la fin.
[xii] http://www.banque-france.fr/fr/instit/histoire/5.htm Loi du 4 août 1993.
[xiii] Numéro du 9 au 23 juillet. Pour l’article :
http://www.rollingstone.com/politics/story/28816321/the_great_american_bubble_machine
[xiv] http://tsunamifinancier.blogspot.com/2008/10/chronique-n28-les-prions-de-la-finance.html et les épisodes suivants.
[xv] Le Troubled Assets Relief Program, ou TARP est le programme mis en place grâce aux 700 milliards demandés par Hank Paulson et votés par le Parlement en octobre pour nettoyer les bilans des banques des actifs toxiques et qui furent ensuite utilisés pour recapitaliser les banques, y compris Goldman Sachs, à hauteur de 10 milliards.


Ben Bernanke, gouverneur de la Fed devant le Sénat le 22 juillet 2009

Courrier des lecteurs:

Depuis Rio de Janeiro :

« Bravo : plein d'humour toujours aussi drôle et passionnant ! Réserve : j'y trouve, pour l'avenir proche, plus d'interrogations et de soucis que de palpables sorties de crise ! Va t'on tranquillement vers un simpleretour aux erreurs et horreurs du passe recent ? La Bourse redeviendra-t-elle bientôt un lieu d'agrégation de l'épargne destiné à inciter aux vrais investissements... ou continuera-t-elle son évolution en casino ? Les paradis fiscaux seront ils remis au pas ??? A quand le futur Bretton Woods et la création d'une monnaie basée sur des références internationales, capable d'assurer une meilleure stabilité du commerce ?? A quand la mise en route de conditionnement de la liberté du commerce, du libre-échange ... à la concurrence loyale ... sans prédominance des multinationales et avec un minimum d'égalisation des conditions de travail et de législations sociales ... […] Car , vu le sens où la société se dirige, on peut se demander si, comme dans une tragédie grecque le dernier couple survivra pour occuper la dernière fusée pour Mars ... »

Depuis New York :

« Merci pour ta chronique. Je rajoute le témoignage pratique de l'évènement. Il y a deux ou trois semaines, la CIT a effectivement fermé le robinet en [supprimant] à beaucoup de gens leur ligne de crédit. Cette fois ci, les compagnies qui vont sentir l'effet seront tout ce que l'on peut acheter avec "Configona", c'est a dire l'électroménager, l’électronique, etc.

La spirale continue.

Depuis la crise, j'ai perdu plus de $20'000 de pouvoir d'achat (et je suis un très mauvais payeur puisque je paye mes factures à temps.) Je dois dire que je sens la pression de la crise car j'ai perdu presque la totalité de mon pouvoir d'achat à crédit.

C'est à dire que cet année je consommerai 10.000$ de moins en services ... Et on multiplie cela par les quelques millions qui sont comme moi, et cela fait quelques milliards de dollars.

Mais je terminerai avec une des phrases qui apparait sur les affiches d'autoroutes :

Stop obsessing about the economy, you’re scaring the children.
Interesting fact about recessions … they end.
Self worth is greater than net worth.
This will end long before those who caused it are paroled.

Arrêtez d'obséder sur l'économie, vous effrayez les enfants.
Fait intéressant sur les récessions ... elles s'achèvent.
Votre bien être vaut plus que votre passif.
Tout ceci sera terminé bien avant que ceux qui l'on causé retrouvent leur [semi-]liberté. »

lundi 20 juillet 2009

Chronique # 83: On a marché sur la tête

Siège de CIT sur la 5eme avenue
20 juillet 2009

Cette faillite est une bonne nouvelle. Le spécialiste américain du crédit aux petites et moyennes entreprises, CIT Group, (aucun rapport avec Citigroup, ma grosse banque, qui coule, qui coule, qui coule et qui vient de retrouver des profits – 4,3 milliards de $ au deuxième trimestre) s’était vu refuser mercredi l'aide d'urgence qu'elle demandait aux pouvoirs publics. En décembre, la Fed lui avait prêté 2.3 milliards de $, sur l’argent du TARP (Troubled Assets Relief Program) ; les 700 milliards avec lesquels Hank Paulson, le ministre des Finances de Bush avait proposé de nettoyer les bilans des banques en octobre, avant de changer d’avis en novembre et de choisir de les recapitaliser. Aussi le refus, la semaine dernière, de la part de Sheila Bair, la directrice de la FDIC[i] a été une vraie surprise. L’action de CIT s'est effondrée, perdant lors d’une seule cotation les trois-quarts de sa valeur.

Une faillite de CIT (Commercial Investment Trust) aurait eu des conséquences. Avec General Electric, CIT était la banque des petites et moyennes entreprises. Fondée en 1908, à Saint Louis dans le Missouri (prononcez Mi-zoou-ri), elle avait financé 150 chasseurs, ces petites unités de combat, destinées à la lutte anti-sous-marine face aux Allemands. Apparues en 1915, elles se multiplièrent en 1917-1918, avec la mise en service d'une importante série de 110 tonnes dont la vitesse atteignait 16 nœuds. Après la guerre, CIT se lance dans le crédit à la consommation pour l’acquisition de postes de radio, à travers un accord avec Thomas Edison. Voyant arriver la Seconde Guerre Mondiale, CIT fermera boutique en Allemagne dès 1934. Après Pearl Harbour, l’entreprise exhorte ses 2000 salariés d’aller servir leur pays. Elle leur garantit un bonus mensuel, une assurance-décès et une place quand ils reviennent.

Tout au long de son histoire, CIT fut tour à tour un conglomérat et l’institution financière permettant de financer le bric à brac électronique qu’elle fabriquait. L’autre géant bâti sur le même modèle est la firme héritière de Thomas Edison, fondée en 1890, et qui à l’origine s’appelait Edison General Electric.

Par exemple, dans les années 60, le marché des ordinateurs était dominé par IBM surnommé Banche Neige (Snow white) et General Electric et CIT (sous le nom de RCA) faisaient partie des « Sept Nains » (Seven Dwarves).

Au moment de la révolution financière des années 70 aux Etats-Unis et 80 en Europe, les grandes entreprises cessèrent d’utiliser les banques pour se financer. Elles lèveraient des capitaux en attirant l’épargne publique, phénomène connu sous le nom de désintermédiation bancaire ou de « bourse universelle ». Pour résister, les banques inventent l’art de prêter plus avec autant ; soit le paquetage des prêts sous la forme de produits financiers, que l’on cède sur le marché obligataire. Elles améliorent ainsi leur ratio Cooke, un ratio prudentiel qui prône une stricte proportionnalité entre le volume de prêts consentis et le montant des fonds propres. Apparait la pratique de la titrisation[ii].


La titrisation a détourné les meilleurs clients d’organismes comme GE et CIT. Tout à coup, ils trouvaient à se financer moins cher auprès des banques. L’innovation est la fille de la nécessité. Ce sera l’avènement du factoring ou en français l’affacturage. Chacun son innovation financière, dans ce dispositif, une PME au lieu d’avoir à attendre 90 jours de délai-fournisseur peut céder sa créance (account receivable) à un tiers. Celui-ci en devient propriétaire (on dit qu’il se trouve subrogé dans les droits du créancier) et avance l’argent à la PME, moyennant une commission et des agios. A la date du paiement, le débiteur paye la société d’affacturage au lieu de payer le titulaire initial de la facture.

Quand M. Peek fut nommé PDG de CIT en 2004, son ambition était de transformer cette « Cofinoga » en un « Lazar Frères ». Il transféra le siège de l’institution, installé près d’un centre commercial de banlieue au 505 de la 5eme avenue, New York, New York. CIT devint un généreux mécène du New York City Opéra et M. Peek grâce à ses dons se vit décerner un poste d’administrateur au musée du Metropolitan.

Comme il fallait augmenter les marges, CIT imita Merrill Lynch et Crédit Suisse et Lehman Brothers. Avec retard, M. Peek lança son entreprise dans la titrisation. Logique du toujours plus, CIT se mit à faire des fusions et acquisitions avec de l’argent emprunté et beaucoup, beaucoup d’effet de levier. En 2003, CIT avait 33 milliards de dettes. En 2007, 55 milliards de $. Pour financer ces prodiges, on alimentait des crédits à moyen terme en refinançant un tiers ou plus de l’encours toutes les 24 heures.

Quand le credit crunch arriva… tous les clients tirèrent sur leur ligne de crédit, ce qui étrangla CIT par les deux bouts.

Goldman Sachs et Wells Fargo aidèrent un peu et pour fort cher. Ce ne fut pas assez. Le 22 décembre dernier, Ben Bernanke qui n’avait qu’une hâte c’était d’aller faire ses courses de Hanoukka accéléra les démarches pour transformer CIT et General Motors en banques de plein exercice (bank holding company). A la suite, Hank Paulson leur alloua respectivement 2,3 milliards et 13,4 milliards de $ du TARP.

La semaine dernière, M. Peek retournait donc à la fontaine remplir sa gourde. Son formulaire de demande d’élixir était posé sur le bureau de Sheila Bair depuis janvier.

La Directrice de la FDIC lui a répondu qu’elle n’allait pas prolonger artificiellement la vie d’une entreprise dont le business model est archaïque.

« C’est le même que General Electric » a répondu M. Peek, or General Electric Capital a pu faire garantir 74 milliards de $ d’obligations par la FDIC[iii]. Chacun son tour ! Et d’ailleurs si on regarde les chiffres, le niveau et l’exigibilité de la dette de CIT sont meilleurs que ceux de GE à court terme.

A quoi est due la différence de traitement ? Comme la FDIC n’est pas un organisme de restructuration industrielle, et comme CIT ne pose pas de risque thermonucléaire, Sheila Bair n’a en tête que de s’assurer qu’on renflouera les facilités de caisse fournies par l’organisme de tutelle dont elle a la charge et qui fonctionne sur la base de la mutualisation des risques. GE Capital a un riche papa industriel qui a utilisé une partie de ses dividendes pour financer la branche financière. CIT aussi en avait un, qui s’appelait Tyco, mais dont il s’est défait dans le cadre de la mue du conglomérat. Débrouillez vous tout seul, puisque vous êtes grand.

C’était donc la faillite assurée. Le contribuable américain aurait donc perdu 2,3 milliards de $ (il en a déjà perdu plusieurs millions dans les bonus dévolus à Merrill Lynch et à AIG. En outre, plus de 10 milliards du renflouement d’AIG ont servi à payer les indemnités dues sur les CDS en cas de faillite de Lehman Brothers, et qui étaient détenus en grande partie par Goldman Sachs). La bonne nouvelle était que CIT pouvait faire faillite sans que cela posât de risque systémique ; contrairement à la banque d'investissement en septembre dernier. Le système financier était redevenu suffisamment solide pour encaisser la cinquième faillite bancaire par la taille dans l’histoire des Etats-Unis [iv]avec en tout et pour tout un imparfait du subjonctif.

Coup de théâtre. Hier dimanche, à 22h30, le conseil d’administration de CIT approuvait un plan de 3 milliards apportés au groupe par Barclays. Ce prêt-relais va lui donner le temps de procéder à une série d'échanges de titres de dette contre des actions nouvelles. C’est chèrement payé. Avec 11% d’intérêts, ce sauvetage de dernière minute devrait permettre CIT de consolider ses fonds propres tout en réduisant la pression de ses frais financiers. Un petit pas pour CIT et un grand pas pour le système financier. La stabilisation à tâtons a marché.

Il y a 40 ans, aujourd’hui, le premier homme posait le pied sur la Lune. Coût de l’opération 104 milliards de $, à prix constants. Quarante ans plus tard, Barack Obama essaie de camper la couverture médicale universelle à Capitol Hill.

Gabrielle Durana
All rights reserved


Carte postale de Mars (mars 2009)

[i] La FDIC est un organisme créé par Roosevelt pour éviter les paniques bancaires. Il prend contrôle des banques en danger de faire faillite et en dispose ensuite par appartements. Traduit littéralement, son nom signifie Commission fédérale d'assurance des dépôts bancaires.
[iii] Dans le cadre du programme destiné à dégivrer les marches financiers, appelé Temporary Liquidity Guarantee Program.
[iv] Après celle de Washington Mutual le 26 septembre 2008.

mardi 14 juillet 2009

Chronique # 82 : Eyes wide shut

A Prague, les marchands ambulants se sont remis à vendre des statuettes du Golem, censé protéger contre les calamités, jadis contre l’antisémitisme.

14 juillet 2009


Tous les samedis, sur Union Square se retrouvent trois ou quatre habitués. Le cable car remonte la rue Powell dans un grincement bucolique, il longe le restaurant Michael Mina, deux étoiles au Michelin et caresse les anciens magasins Disney aux vitres couvertes de poussière. Le lieu n’a rien d’un square. Aux trois autres extrémités, il est délimité par la galerie Weinstein qui vend des toiles de Marc Chagall, par Neiman Marcus, une sorte de Faubourg Saint Honoré vertical, et la Nike Town. La place ne s’appelle pas Union Square parce que tout le monde s’y rassemble pour mendier ou consommer ; mais parce que pendant la guerre de Sécession, c’était le point de ralliement des partisans de Lincoln. Une colonne corinthienne s’élève au centre du rectangle en ciment tiré à quatre cœurs. Elle fut érigée en l’honneur du général Dewey qui coula tant de navires pendant la Guerre Hispano-Américaine de 1898 que l’Espagne perdit d’abord les Philippines puis Cuba. La Victoire verte ailée avec son trident a été fondue à l’effigie d’une héritière du sucre et inaugurée par Roosevelt, Théodore, celui qui a donné son nom à un ours en peluche. Elle marche vers Tiffany‘s et tourne le dos à Macy’s, sur le boulevard de Geary, là où chaque semaine s’installent les 4 amis.

Entre les distributeurs à la criée de l’Examiner et le stand de bretzels, avec les mendiants attrape-touriste en retrait, ils déplient leurs chaises, disposent des livres en terrasse sur la petite table de camping. Les gens se pressent sur le trottoir, les bras chargés de sacs en papier aux couleurs rieuses. Est-ce les dents blanches de la dame, les ouvrages de science-fiction ou la pancarte qui dit « tests de stress gratuits » ? Quelqu’un s’est assis. Il est pâle, cause ou conséquence de cette aiguille qui vire au rouge.

La Fed a publié le 4 mai le résultat des épreuves d’effort qu’il avait faites subir à 19 de ses plus grandes banques. D’aucuns ont pu critiquer la modèle choisi d’oscillographe mais de ce côté-ci de l’Atlantique, tous s’accordent à dire que l’ignorance est un blizzard qui ne conjure pas les infarctus. Si nous voulons un jour pouvoir renouer avec la croissance, et il n’y a pas de croissance sans demande mais non plus sans tuyauterie intertemporelle du capital, certaines banques doivent arrêter de fumer, perdre du poids, manger sain et recevoir une greffe de capital.

L’idée que les organismes financiers européens soient soumis à des tests de stress fait se raidir les gouvernements. « Quoi, tout le monde a ses problèmes, mêlez-vous des vôtres ! » semblent-ils dire en retirant la main.

Il ne suffit pas de remballer sa transparence qui rime avec arrogance et avec panique pour dissiper le malaise. Les banques européennes ont de quoi être stressées et les problèmes n’ont pas été inventés sur les faux appareils de l’Eglise de Scientologie.

Le fonds monétaire international estimait le 7 avril que les banques européennes devraient provisionner ou lever des capitaux à hauteur de 600 milliards de $ pour faire face aux pertes de 2009 et 2010 et reconstituer leurs fonds propres ; contre 275 milliards de $ pour les banques américaines.

Vous vous demandez peut-être pourquoi je reviens toujours au problème des banques. Ce n’est pas de l’indifférence vis-à-vis des victimes du tsunami financier, ou de la compassion envers les banquiers qui nous ont jetés dans le précipice après qu’ils aient demandé aux autorités d’enlever les barrières. C’est du pragmatisme. Voulons-nous d’une décade perdue à la japonaise ou d’une sortie de crise proche ?

Dominique Strauss Kahn, le patron du Fonds Monétaire International disait le 8 juin 2009 à Montréal, lors d’un sommet économique international des Amériques : « On ne s’en sort jamais tant qu’on n’a pas fait le ménage » (‘You never recover until the cleansing’). Mervyn King, le gouverneur de la banque d’Angleterre n’en disconvient pas puisqu’ il déclare que les problèmes bancaires vont rendre « l’échappée de l’économie de la récession longue, difficile, violente » (‘long, hard, slog’).

Seules la Grande-Bretagne, l’Irlande et la Suisse ont mené des tests, banque par banque pour connaître l’état de leurs artères mais n’ont pas voulu divulguer la méthodologie. L’Europe des 27 qui n’a pas de gouvernement fédéral (vous aviez voté « Non » à la Constitution Européenne ? Et bien maintenant, dansez ! Vous aviez voulu échapper à la techno. Ce sera la danse de Saint Guy), l’Europe des 27, donc, chez qui la régulation bancaire ne relève pas de la Banque Centrale Européenne mais bien de la compétence nationale a déclaré qu’elle mènerait des tests d’effort de tout le système mais ne publierait pas les résultats.

Chacun fait donc ce qui lui plait. En Allemagne, on a des élections en septembre alors le lavage du linge sale à la fontaine publique pourrait se retourner contre les élus locaux qui siègent dans les Conseils de surveillance des banques régionales et contre les élus nationaux qui ont négocié avec Bruxelles le droit de garantir les prêts émis pas ces dernières.

En effet, en contradiction avec l’éthique protestante, les « Landesbanken » se sont gorgées d’actifs pourris entre 2001 et 2005. Après la curée, l’assommoir. Fin avril, le Süddeutsche Zeitung et le Spiegel publiaient un audit confidentiel de l’autorité de tutelle des banques allemandes, la BaFin[i] : les banques allemandes détiendraient 816 milliards d’euros d’actifs toxiques, soit 1,15 trillions de $. Le document désignait Hypo Real Estate, nationalisée depuis, et Commerzbank ainsi que HSH Nordbank comme les prêteurs ayant prêté tout l’été.
La porte parole de la BaFin s’est écrié que le document n’était pas figé dans le temps (“It is a work in progress."). Le ministre de l’Economie Peter Steinbrück a aussi dénoncé une représentation biaisée de la réalité. Enfin, le gouverneur de la Bundesbank a mis en garde contre une mauvaise interprétation des chiffres.

Autre pays quasi-fédéral, avec son système des « communautés autonomes », l’Espagne est dans une même logique d’omerta, par peur de se voir reprendre par la Banque d’Espagne le pouvoir dont jouissaient les régions pour administrer les banques locales.

D’abord montrée comme un exemple en raison de son mécanisme contracyclique de réserves automatiques qui vont renforcer les fonds propres les années de vaches grasses, on a finit par découvrir ce que tout le monde savait : une bulle spéculative dans l’immobilier s’enflait depuis 15 ans.

Quand j’étais enfant dans les années 80, j’allais en vacances à Majorque. A l’époque, il fallait à une famille où un seul adulte travaillait entre 2 et 5 ans pour s’acheter son logement dans un quartier de classe moyenne basse. Ces dernières années, deux smicards (les « mileuristas », littéralement ceux qui gagnent mille euros mensuels) devaient partir en lointaine banlieue pour espérer s’acheter quelque chose en empruntant sur 50 ans. Le miracle économique espagnol fondé sur immobilier a été en grande partie prolongé par l’arrivée massive d’étrangers (près de deux millions au cours de cette dernière décennie) mais soudain le boom s’interrompt et les banques font boum.

Là non plus, on n’a pas tellement envie de sortir les torchons maculés au grand air, les conseils de surveillance des banques étant peuplés d’élus locaux qui ont cautionné, souvent sans comprendre, jouer au Monopoly est plus facile qu’ aux produits dérivés.

La réponse européenne au tsunami financier peut être résumée en deux phrases. Dans son volet budgétaire : « Croisons les doigts », ou pourvu que les Américains et les Chinois nous relancent. Dans son volet monétaire : « Ignorance is bliss »[ii] ou agissons un peu mais sans éveiller l’attention de la populace.

Ainsi, le Secrétaire d’Etat à l”Economie, José Manuel Campa déclarait hier que le gouvernement avait mis en place un Fonds Bancaire de la Restructuration en bon Ordre [iii], le Frob, parce que c’était un instrument « très important mais pas urgent ».

La solution du Frob ressemble au système américain de la FDIC[iv], qui met les banques sous tutelle et une fois la panique évitée, les vend par appartement pour reconstituer ses forces d’intervention. La Frob sera dotée d’un capital de 9 milliards d’euros pour démarrer.

L’évolution de la position allemande va dans le même sens. Le 19 janvier 2008, le ministre allemand récusait la solution de la « bad bank »[v]. Le 13 mai, le gouvernement acceptait le principe d’une structure de défaisance. Le 3 juillet, la loi créant la « banque poubelle » était adoptée par la chambre basse ; dotée d’un capital de 230 milliards d’euros (322 milliards de dollars).
La solution inventée par la France qui combine des prêts, via la Société de financement de l’économie française (la Sfef) et de prises de participation, via la Société de prises de participation de l'Etat (la SPPE) participe de la même stratégie. D’abord absence de grandes dépenses budgétaires, contrairement au Plan Obama. En revanche, les rémunérations mirifiques promises par Nicolas Sarkozy sur trois chaines en technicolor dans l’émission « Face à la crise » ne se sont pas matérialisées : en cas de plus-values, la SPPE ne peut pas gagner plus de 20% sur ses actions les quatre premières années. En cas de moins-values, passez l’addition. La dette de la Sfef est comme le financement de la Guerre d’Irak sous Bush, elle ne figure pas au budget, donc elle n’existe pas. Enfin, la crise frappe d’abord les PME et le dispositif de soutien à leur trésorerie de 22 milliards d’euros risque bien de couter 22 milliards d’euros. Pour mémoire le plan de relance de Sarkozy s’élevait officiellement à 26 milliards d’euros.




Du 7 au 14 juillet 2009, à l’opéra Bastille, création mondiale de « Am Anfang » (au commencement), sur une musique de Jorg Widmann, dans des décors et avec des costumes conçus par le plus français des artistes allemands, Anselm Kiefer

Le 1er juillet, la Cour des Comptes réclamait que l’Etat se dote d’une « doctrine d’actionnaire bancaire ». Non seulement, le contribuable apporte sa caution mais il n’a pas voix au chapitre dans les conseils d’administration et aucun mécanisme de sanction n’est prévu contre les établissements qui ne respecteraient pas les engagements sur la rémunération des dirigeants ou l’évolution du crédit. La seule garantie que ces bonnes gens tiennent leurs promesses est que ce sont des amis personnels du Président.
A moins que justement…

On a beau se lamenter sur l’absence d’Europe politique face à cette crise, on a peine à voir quelle serait son utilité si le dogmatisme est plus fort que le pragmatisme. Un gouvernement européen n’est-il pas censé travailler à la protection de sa population, à une sorte de Welfare state supra-étatique ?

Telle qu’en elle-même, le Commissaire européenne Neelie Kroes s’inquiète des conséquences anticoncurrentielles de la nationalisation de la Royal Bank of Scotland et de la Lloyds Banking group. Alors que le gouvernement britannique essaye de relancer l’économie en poussant les banques dont il possède désormais 70% et 43% du capital à prêter aux particuliers, « il y a des risques que des décisions non concurrentielles soient prises ». Elle exige une cession d’actif avec un calendrier.

Pendant que l’Islande qui voulait être aussi grosse le bœuf se prépare à retourner à ses poissons et à entrer le plus vite possible dans le paradis des chalutiers de l’Union Européenne, dès 2011 avec la Croatie, les manifestations se multiplient en Europe de l’Est. En Ukraine, le Premier Ministre et le Président ne se parlent plus. A Lviv, les chômeurs défilent couverts d’une feuille de licenciement.

Gabrielle Durana

Chroniques du tsunami financier
All rights reserved




[i] La ‘Bundesanstalt für Finanzdienstleistungsaufsicht’ abrégée en BA-FIN, ou « Bafin » est l’équivalent de l’Autorité des Marchés Financiers en France. La Bafin supervise 2.700 banques, 800 institutions financières non bancaires et 700 compagnies d’assurance.http://www.bafin.de/cln_152/sid_5C3946C05007110DBF497E5851624745/EN/Home/homepage__node.html?__nnn=true
[ii] Littéralement « l’ignorance rend heureux », c’est à dire que si vous ne connaissez pas une mauvaise nouvelle, elle ne vous peine pas.
[iii] El Fondo de Reestructuración Ordenada Bancaria (FROB), voir : http://www.la-moncloa.es/ActualidadHome/2009-2/260609-enlacefondo
[iv] La FDIC est un organisme créé par Roosevelt pour éviter les paniques bancaires. Traduit littéralement, son nom signifie Commission fédérale d'assurance des dépôts bancaires. Sa directrice est Sheila Bair.
[v] Pour une revision du concept de la Bad Bank, ici: http://tsunamifinancier.blogspot.com/2009/02/chronique-65-la-bonne-paie-et-la.html