jeudi 4 décembre 2008

Carte postale sans musique, en direct de Kiev


1er decembre 2008


L'économie de l'Ukraine est en train de dramatiquement "dévisser", pour employer un terme d'alpinisme, et, en ce matin froid de la fin du mois de novembre, Les Kievois se lèvent avec la sensation d'etre en plein chute précipitée vers l'abyme :



Le FMI vient d'accorder un prêt sans précédent de de 16.5 Milliards de dollars le 5 novembre a une Ukraine exsangue. Il est imposé en contrepartie une libéralisation des changes qui provoque un écroulement de la monnaie nationale.



En trois jours, depuis mon arrivée ici, la hryvnia a perdu environ 20% de sa valeur et les files d'attente se multiplient devant les guichets de banque où l'on refuse désormais de vendre des devises ou de délivrer des liquidités en Hryvnia...alors que se profile déja une inflation qu'on annonce comme galopante.



L'Etat applique studieusement ses engagements devant le FMI, et réduit son intervention sur le marché financier :



depuis le 28 novembre, c'est le taux interbancaire qui définit désormais le taux officiel de la hryvnia. Cette décision a été approuvée au plus haut niveau de l'Etat : soutenue par le Ministre des finances, elle a été validée par le Président d'Ukraine et le président de la BNU. V.Stelmakh, ministre des finances, se veut optimiste : « d'ici un an la hryvnia se stabilisera ». Un bel exemple de méthode Coué appliquée à l'économie ukrainienne qui semble s'acheminer vers un écroulement de la valeur de sa monnaie nationale sur les marchés.



Le FMI n'a visiblement toujours pas modifié ses vieilles recettes libérales de sortie de crise qui mettent à genoux les économies déja fragilisées. Le coup de grace n'est pas loin.



Dans les immeubles, les charges communes impayées des locataires sont placardées. Dans les blocs de H.L.M., comme dans les immeubles cossus de la nomenklatura d'affaire ukrainienne, on affiche sans pudeur ces nouvelles"listes de la honte". On imagine ce que pourrait provoquer l'arrêt des chauffages collectifs pour les ménages les plus modestes alors que le froid de l'hiver est déja vif. Les oligarques pourront toujours aller se réfugier sur les plages d'Egypte pour se refaire une santé au soleil.



Les gazettes annoncent une récession de 3 à 5% pour 2009, une dépression économique sans précédent. l'Ukraine s'apprete à reculer de 10 ans.



"Vae Victis, malheur aux pauvres, malheur aux perdants économiques". voilà le refrain que doivent fredonner cyniquement les banquiers qui refusent aujourd'hui le versement en liquide des pensions de retraite aux personnes agées dont les comptes bancaires sont pourtant approvisionnés.



Les entreprises ne paient plus leurs fournisseurs depuis environ deux mois. La Coface, qui assure les risques liés aux échanges commerciaux dans le monde, refuse désormais d'assurer les transactions en Ukraine.


L'économie est gelée. On touche le fond ici à Kiev.


Le marché immobilier local, un des plus spéculatifs au monde, le prix au m2 dans le centre ville de Kiev atteint les niveaux de Paris, menace de s'effondrer. Entrainant avec lui un secteur bancaire opaque qui a misé, comme partout ailleurs, sur les actifs immobiliers pour densifier ses bilans. Le scénario Argentin de faillite généralisée du système bancaire n'est plus une fiction. Les actifs pourris commencent à sentir forts.



La côte de popularité des gouvernants est en chute libre. Selon Hazeta 24 « La popularité des hommes politique tombe avec la baisse de la hryvnia ». « 82% des Ukrainiens ont ressenti les conséquences de la crise économique. La confiance envers les leaders politiques est à un niveau insupportable pour un pays européen ».


Dans "Oukraïna moloda" on lit « Selon les derniers sondages d'opinion, c'est Y. Tymochenko qui obtiendrait le plus de voix aux présidentielles (19,8%), suivie de V. Yanoukovitch (17,4%) et d'A.Yatseniouk (6,6%). Le Président V.Iouchtchenko ne recueillerait quant à lui que 3,3 % ». Le leader de la révolution orange est désormais dans le rouge. Carbonisé dans l'opinion, la porte de sortie n'est pas loin.



Le vent de l'Est, ce matin, est froid et il glace les os. C'est le vent de la crise mondiale qui emporte tout sur son passage. Et le plus dur ce n'est pas la chute...C'est l'atterrissage. En Ukraine, il sera douloureux et chaotique.

Boris Faure
en direct de Kiev

Aucun commentaire: